{"id":5592,"date":"2022-11-13T13:34:48","date_gmt":"2022-11-13T13:34:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.michalgovrin.com\/?post_type=m_essays&#038;p=5592"},"modified":"2023-02-23T12:09:42","modified_gmt":"2023-02-23T12:09:42","slug":"jerusalem-eros-et-relache","status":"publish","type":"m_essays","link":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/m_essays\/jerusalem-eros-et-relache\/","title":{"rendered":"J\u00e9rusalem : \u00c9ros et rel\u00e2che"},"content":{"rendered":"\n<p>La figure du d\u00e9sir et la th\u00e9matique de l\u2019<em>\u00c9ros<\/em> traversent les diff\u00e9rentes \u00e9vocations de J\u00e9rusalem depuis la litt\u00e9rature biblique jusqu\u2019\u00e0 la politique actuelle, et creuse l\u2019ab\u00eeme au c\u0153ur de son mythe. Ce mythe de la J\u00e9rusalem d\u00e9sir\u00e9e continue de nous poursuivre et semble, \u00e0 l\u2019or\u00e9e du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, peser plus que jamais sur le regard que nous posons sur J\u00e9rusalem, justement non-apais\u00e9e. En revisitant les structures mythiques de notre culture (comme nous avons commenc\u00e9 \u00e0 le faire avec la m\u00e9moire de la <em>Shoah<\/em> ou l\u2019antis\u00e9mitisme, th\u00e8mes qui se trouvent au centre du travail de Schibboleth), nous relisons le mythe de J\u00e9rusalem, pour avancer quelques pistes de r\u00e9flexion autour de sa modification, dans un mouvement d\u2019ouverture, ou, comme on le d\u00e9finira plus loin, de rel\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon exp\u00e9rience personnelle, J\u00e9rusalem s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 moi sous le signe de la s\u00e9duction. Je m\u2019y suis laiss\u00e9e prendre et l\u2019ai choisie. Je venais d\u2019ailleurs ; de Tel-Aviv. Toutefois, pour aller de Tel-Aviv \u00e0 J\u00e9rusalem, il m\u2019a fallu faire un d\u00e9tour par Paris. Je n\u2019ai pas directement parcouru les 60 kilom\u00e8tres qui s\u00e9parent ces deux villes et ces deux mondes. Comme on le sait, les travers\u00e9es sont parfois plus longues qu\u2019on ne s\u2019y attend, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de vivre un processus de transformation. J\u2019ai donc explor\u00e9 ce que je d\u00e9signerais ici, toutes proportions gard\u00e9es, et comme un clin d\u2019\u0153il aux voyageurs du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, particuli\u00e8rement Chateaubriand, mon Itin\u00e9raire de Paris \u00e0 J\u00e9rusalem, je l\u2019ai d\u2019ailleurs \u00e9crit sous le titre : <em>Itin\u00e9raire d\u2019une \u00e9crivaine isra\u00e9lienne \u00e0 travers les sources juives<\/em>.<sup><a href=\"#1\">1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Pour monter \u00e0 J\u00e9rusalem, il m\u2019a fallu d\u2019abord m\u2019installer \u00e0 Paris et ce s\u00e9jour a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant. Paris a marqu\u00e9 un v\u00e9ritable tournant dans ma vie. La Ville Lumi\u00e8re a \u00e9clair\u00e9 mes parts d\u2019ombre. Boulevers\u00e9e, je me suis trouv\u00e9e face \u00e0 des questions concernant ma propre histoire et mon identit\u00e9, l\u2019histoire de mes anc\u00eatres juifs et la <em>Shoah<\/em>. Je suis partie de Tel-Aviv, Isra\u00e9lienne, et, \u00e0 Paris, je suis devenue Juive. Paris a repr\u00e9sent\u00e9 pour moi ce que j\u2019appellerais une \u00ab secousse existentielle \u00bb. J\u2019ai enclench\u00e9 l\u00e0, un processus qui ne s\u2019est, depuis, pas arr\u00eat\u00e9. La dimension de l\u2019au-del\u00e0 dans mon quotidien m\u2019\u00e9tait d\u00e9sormais indispensable et elle ne pouvait se r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 J\u00e9rusalem. Apr\u00e8s Paris, je ne suis donc pas revenue \u00e0 Tel-Aviv, la ville du sable, qui, pour Abraham, prend une dimension sacr\u00e9e d\u2019infini et de multitude. Mais ce sable, au bord de la mer (et la mer qui reste toujours pour moi un lieu de p\u00e8lerinage et de consolation), n\u2019\u00e9tait dans le contexte o\u00f9 je me trouvais que le sable, \u00ab <em>hol<\/em> \u00bb, et d\u00e9signait alors le profane. J\u2019ai donc quitt\u00e9 le \u00ab <em>hol<\/em> \u00bb pour aller vers l\u2019aventure spirituelle et dangereuse de la ville <em>koddesh<\/em>. J\u2019ai quitt\u00e9 Tel Aviv, la ville des plaisirs et du sexe, pour suivre l\u2019appel de l\u2019<em>\u00c9ros<\/em> de J\u00e9rusalem. Je m\u2019y suis install\u00e9e pour \u00e9crire,<sup><a href=\"#1\">2<\/a><\/sup> et, en effet, une grande partie de mes \u00e9crits, dans le domaine de la po\u00e9sie, du roman, du th\u00e9\u00e2tre ou de mes essais s\u2019inspirent de J\u00e9rusalem, la d\u00e9chiffrent comme lieu et comme mythe, et tentent de la dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je pense au d\u00e9sir pour J\u00e9rusalem, c\u2019est le psaume 132 qui me vient \u00e0 l\u2019esprit. Particuli\u00e8rement deux versets. Ils d\u00e9crivent le d\u00e9sir divin pour J\u00e9rusalem<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab L\u00e8ve-toi, Seigneur, pour entrer dans ton lieu de repos. [&#8230;] Car l\u2019\u00c9ternel a fait choix de Sion, il l\u2019a d\u00e9sir\u00e9e (\u201c<em>iva<\/em>\u201d) pour demeure : \u201cCe sera l\u00e0 mon lieu de repos \u00e0 jamais, l\u00e0 je demeurerai, car je l\u2019ai convoit\u00e9 (\u201c<em>ivitia<\/em>\u201d)\u201d \u00bb.<sup><a href=\"#1\">3<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces versets nous livrent toute la passion des rapports de Dieu et Sion. On ne peut s\u2019y tromper, les mots d\u00e9signent bien une relation amoureuse, \u00e9rotique, entre Dieu et J\u00e9rusalem. D\u2019ailleurs, le terme h\u00e9breu biblique \u00ab \u05d0\u05d5\u05ea\u05d9\u05d4 \u00bb signifie la passion et le d\u00e9sir combin\u00e9s ensemble. Dans ces versets et, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans les rapports entre Dieu et Sion,<sup><a href=\"#1\">4<\/a><\/sup> on est au c\u0153ur d\u2019une intrigue houleuse, d\u2019un drame qui domine et prend la dimension d\u2019un mythe aux accents amoureux et \u00e9rotiques. Comme autre exemple, j\u2019indiquerai ici, un bref extrait du chapitre 16 d\u2019\u00c9z\u00e9chiel :<sup><a href=\"#2\">5<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Je t\u2019ai multipli\u00e9e comme la v\u00e9g\u00e9tation des champs, tu as augment\u00e9, grandi, tu as rev\u00eatu la plus belle des parures, tes seins se sont affermis, ta chevelure a pouss\u00e9, mais tu \u00e9tais nue et d\u00e9nud\u00e9e. Et je passai pr\u00e8s de toi et vis que tu \u00e9tais arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge des amours ; j\u2019\u00e9tendis mon v\u00eatement sur toi et couvris ta nudit\u00e9 ; Et je passai aupr\u00e8s de toi, je te vis t\u2019agiter dans ton sang, et je te dis : \u201cVis dans ton sang !\u201d \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce petit passage d\u2019\u00c9z\u00e9chiel a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans la Haggadah de Pessah pour expliquer que Dieu, suivant sa promesse, a fait du peuple d\u2019Isra\u00ebl une grande nation, mais que celle-ci \u00e9tait nue car le peuple n\u2019observait pas les <em>mitzvot<\/em>.<sup><a href=\"#2\">6<\/a><\/sup> Ce passage, s\u2019il fait parfois rougir les jeunes adolescents, est bien anodin par rapport \u00e0 son contexte, la suite du chapitre, qui n\u2019est pas \u00e9voqu\u00e9e dans la Haggadah. Or, cette suite confirme la relation pour le moins complexe de Dieu \u00e0 Sion, une relation passionnelle et destructrice. Dieu d\u00e9sire J\u00e9rusalem d\u2019une mani\u00e8re que l\u2019on pourrait qualifier de perverse. Il la pare et l\u2019embellit afin que les autres soient jaloux. Convoit\u00e9e, elle succombe \u00e0 leur d\u00e9sir. Alors, Dieu la renie, la traite de prostitu\u00e9e, et l\u2019humilie. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019elle rampe et demande son pardon que Dieu, magnanime, la l\u00e8ve, la lave et la refait sienne. Drame aux accents mythologiques, voire aux intonations m\u00e9lodrame du d\u00e9sir masculin \u00e9voqu\u00e9 par le paysage m\u00eame de la ville. Une promenade sur la <em>tayelet<\/em> nous d\u00e9couvre J\u00e9rusalem entour\u00e9e de montagnes. Si on regarde la Vieille ville, on voit soudain une colline tr\u00e8s basse. Le lieu de d\u00e9sir n\u2019est pas le plus haut, mais le plus bas : un sexe f\u00e9minin, entour\u00e9 d\u2019une aur\u00e9ole.<sup><a href=\"#2\">7<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9rusalem comme lieu-femme de d\u00e9sir est un drame qui se d\u00e9roule en plusieurs actes : tout d\u2019abord, c\u2019est un r\u00eave dont les pri\u00e8res et les po\u00e8mes s\u2019inspirent, c\u2019est le d\u00e9sir absolu de possession. Ensuite, c\u2019est le lieu de voyage ou de conqu\u00eate (croisades, p\u00e8lerinages, voyages en Orient du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, guerres). Puis l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem provoque l\u2019admiration et l\u2019extase qui peuvent m\u00eame mener au syndrome de J\u00e9rusalem. Apr\u00e8s cette premi\u00e8re ivresse, le coup de foudre est suivi d\u2019une terrible d\u00e9ception. La possession ne se consume pas. Elle est entrav\u00e9e par les ennemis ou par le d\u00e9grisement en face de la vulgarit\u00e9 du r\u00e9el. L\u2019amour id\u00e9al est bless\u00e9. Et bient\u00f4t le d\u00e9sir repouss\u00e9 se transforme en haine, en rejet, m\u00eame en d\u00e9go\u00fbt. Apr\u00e8s, l\u2019indiff\u00e9rence s\u2019installe, puis c\u2019est le d\u00e9part et bient\u00f4t, de nouveau, le d\u00e9sir rena\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mod\u00e8le amoureux, o\u00f9 J\u00e9rusalem prend la figure d\u2019une femme, est commun aux trois religions monoth\u00e9istes. C\u2019est un amour jaloux, l\u2019envie de poss\u00e9der la femme d\u00e9sir\u00e9e, violent\u00e9e, rejet\u00e9e puis reprise. Chacune des trois religions convoite J\u00e9rusalem, mais de mani\u00e8re exclusive. On pourrait m\u00eame se demander si cette exclusivit\u00e9 des trois monoth\u00e9ismes, et en jouant sur les mots, cette monogamie, exig\u00e9e de la ville femme sainte de J\u00e9rusalem, n\u2019est pas justement un reflet en creux du monoth\u00e9isme, la condition <em>sine qua non<\/em> de chacune des trois religions.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, ce mythe, qui para\u00eet sur bien des aspects archa\u00efques dans son expression comme dans sa signification, est \u00e0 la base du conflit qui perdure entre les trois religions monoth\u00e9istes.<sup><a href=\"#2\">8<\/a><\/sup> Dans le conflit actuel, on ne voit, la plupart du temps, que les Isra\u00e9liens et les Palestiniens, les Juifs et les Arabes, et on en oublie le conflit des trois protagonistes. Or, la passion, la dimension mythique de J\u00e9rusalem continue de nous travailler et le conflit n\u2019est pas seulement entre Juifs et Musulmans, son intrigue inclut un troisi\u00e8me acteur, le monde chr\u00e9tien. D\u2019ailleurs, la pr\u00e9sence chr\u00e9tienne ne r\u00e9sonne-t-elle pas dans les termes du retentissement international que conna\u00eet le conflit que l\u2019on dit isra\u00e9lo-arabe. Les trois religions sont toutes parties prenantes, elles continuent \u00e0 d\u00e9sirer et \u00e0 se disputer J\u00e9rusalem et \u00e0 exposer par cette rivalit\u00e9 et ce combat, la dimension triangulaire essentielle du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette passion contradictoire par rapport \u00e0 J\u00e9rusalem anime \u00e9galement une grande partie de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne, particuli\u00e8rement s\u00e9culaire. Toutefois, son expression est retenue et fait plut\u00f4t l\u2019objet d\u2019un tabou. La lib\u00e9ration de J\u00e9rusalem durant la Guerre des Six Jours et la possibilit\u00e9 d\u2019y entrer de nouveau ont d\u00e9clench\u00e9 une passion amoureuse pour J\u00e9rusalem. Mais, avec les ann\u00e9es et la tension grandissante, ce sentiment d\u2019euphorie s\u2019en est all\u00e9, et la ville est devenue dans l\u2019inconscient collectif isra\u00e9lien un endroit difficile, tendu, mena\u00e7ant. Le lieu de l\u2019abject. Au c\u0153ur de la seconde Intifada, ce ph\u00e9nom\u00e8ne a atteint son paroxysme. La peur et le rejet aidant, beaucoup d\u2019Isra\u00e9liens se sont \u00e9loign\u00e9s de J\u00e9rusalem ; et les nombreuses expressions de haine de J\u00e9rusalem n\u2019\u00e9taient que le renversement de la passion. Dans les jours qui ont suivi l\u2019attentat mortel au caf\u00e9 Hillel \u00e0 J\u00e9rusalem, alors que j\u2019\u00e9tais \u00e0 la \u00ab Hof de J\u00e9rusalem \u00bb, l\u2019une des plages de Tel-Aviv, j\u2019ai \u00e9crit le po\u00e8me suivant :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Qui a peur de J\u00e9rusalem ?<\/strong><sup><a href=\"#3\">9<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Qui a peur de J\u00e9rusalem, qui l\u2019abhorre<br>Qui la maudit dans son c\u0153ur et sa bouche<br>Qu\u2019ai-je \u00e0 foutre de cette ville de bigots ville de cingl\u00e9s ville de sang et de haine ville o\u00f9 Hillel l\u2019Ancien poursuit la paix parmi les d\u00e9bris de verre et de chair ?<\/p>\n\n\n\n<p>Qui hait J\u00e9rusalem<br>Pour l\u2019amour qu\u2019il lui a port\u00e9 jadis en secret<br>Ombrage de vignes dans des cours de pierre et soirs bleu jasmin ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dure la haine de J\u00e9rusalem flamme-de-Dieu Des<br>Trompes d\u2019eau ne sauraient l\u2019\u00e9teindre.<\/p>\n<cite>Traduit de l&rsquo;hebreu par Emmanuel Mos\u00e8s<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le mythe de J\u00e9rusalem, objet de d\u00e9sir, de passion, objet de rejet et de haine. Il nous faudrait analyser et transformer ce mythe de mani\u00e8re radicale pour l\u2019adapter au temps pr\u00e9sent, celui du retour des Juifs sur leur terre. Le jeune mythe qui a port\u00e9 ce retour, le sionisme, a ignor\u00e9 l\u2019ab\u00eeme du mythe religieux. Il n\u2019a pas su mesurer l\u2019enjeu hi\u00e9rosolymitain, sa dimension religieuse et, surtout, la dimension triangulaire du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>Une reformulation du mythe de J\u00e9rusalem n\u00e9cessite un mode de pens\u00e9e diff\u00e9rent, un geste d\u2019ouverture, de d\u00e9verrouillage. J\u2019ai entam\u00e9 cette r\u00e9flexion avec l\u2019\u00e9criture de mon roman, <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/publications\/sur-le-vif\/\" data-type=\"publications\" data-id=\"5007\" target=\"_blank\"><strong>Sur le vif<\/strong><\/a><\/em>,<sup><a href=\"#3\">10<\/a><\/sup> o\u00f9, par les moyens utopiques de la narration, je proposais un geste qui entamerait la transformation du mythe de J\u00e9rusalem. Il pourrait se d\u00e9finir comme celui de la <em>schmita<\/em>, de la jach\u00e8re, ou de la rel\u00e2che. Ce commandement est le premier d\u00e9cret donn\u00e9 au peuple d\u2019Isra\u00ebl, sorti de l\u2019esclavage en \u00c9gypte, au Mont Sina\u00ef. D\u2019ailleurs, \u00e0 ce propos, Rachi pose la question du lien entre la <em>schmita<\/em> et le Mont Sina\u00ef. Il y r\u00e9pond en la rangeant dans les nombreuses <em>mitzvots<\/em> qu\u2019il faudra accomplir en <em>Eretz Israel<\/em>. Nous pr\u00e9f\u00e9rons en faire une lecture plus radicale, et, par l\u00e0, rendre \u00e0 la schmita toute sa dimension r\u00e9volutionnaire. La r\u00e9v\u00e9lation du Mont Sina\u00ef, comme la travers\u00e9e du d\u00e9sert, caract\u00e9rise le passage d\u2019un peuple d\u2019esclaves sans terre \u00e0 un peuple libre qui va en poss\u00e9der une. Dieu, s\u2019adressant \u00e0 un peuple qui vient de sortir de quatre cents ans d\u2019esclavage, leur lance un d\u00e9fi : \u00ab chaque septi\u00e8me ann\u00e9e, vous laisserez, rel\u00e2cherez cette terre \u00bb, en d\u2019autres termes, vous ne serez pas des esclaves de la possession du bien. La <em>schmita<\/em>, par son arr\u00eat, son retrait de la terre, introduit une option particuli\u00e8re de libert\u00e9, d\u2019un au-del\u00e0. Apr\u00e8s tout, ces anciens esclaves pourraient aussi bien se mettre sous le joug de la terre retrouv\u00e9e, enfin poss\u00e9d\u00e9e : l\u2019esclavage de la propri\u00e9t\u00e9, du travail et de la consommation.<sup><a href=\"#3\">11<\/a><\/sup> Or, par cette <em>schmita<\/em>, Dieu leur ordonne l\u2019affranchissement complet, une m\u00e9tamorphose totale \u2013 une libert\u00e9 par rapport \u00e0 la possession du bien tant esp\u00e9r\u00e9. D\u2019ailleurs, l\u2019une des causes \u00e9voqu\u00e9es pour l\u2019exil du peuple juif en Babylonie dont la dur\u00e9e est de soixante-dix ans, est le non-respect de l\u2019ann\u00e9e de la <em>schmita<\/em>, et ce, durant soixante-dix fois.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, la notion de <em>schmita<\/em> est reli\u00e9e \u00e0 celle de Shabbat. La <em>mitzvah<\/em> de la <em>schmita<\/em> est imm\u00e9diatement suivie de celle du Shabbat, c\u2019est dire son importance et le fait que ce moment de rel\u00e2che est comparable au Shabbat.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Six ann\u00e9es tu ensemenceras ta terre et en recueilleras le produit ; mais la septi\u00e8me, tu lui donneras du repos et en abandonneras les fruits, pour que les indigents de ton peuple en jouissent, le surplus pourra \u00eatre consomm\u00e9 par les animaux des champs. Ainsi en useras-tu pour ta vigne et pour ton plant d\u2019oliviers. Six jours durant tu t\u2019occuperas de tes travaux, mais au septi\u00e8me jour tu ch\u00f4meras ; afin que ton b\u0153uf et ton \u00e2ne se reposent, que puissent respirer le fils de ton esclave et l\u2019\u00e9tranger \u00bb.<sup><a href=\"#4\">12<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le L\u00e9vitique, cet au-del\u00e0, cette rupture, qui est aussi pour la terre m\u00eame, devient la lib\u00e9ration de Dieu. Ce sera pour Dieu une forme de Shabbat perp\u00e9tuel, ce Dieu qui n\u2019a pas achev\u00e9 la cr\u00e9ation, mais qui, apr\u00e8s le sixi\u00e8me jour, l\u2019a arr\u00eat\u00e9e. On le c\u00e9l\u00e8bre d\u2019ailleurs chaque vendredi soir avec la r\u00e9citation du <em>kiddoush<\/em>, b\u00e9n\u00e9diction sur le \u00ab <em>shavat<\/em> \u00bb (il a arr\u00eat\u00e9). Ce Dieu aura, comme la terre, sa libert\u00e9. Comme \u00e0 Shabbat, c\u2019est une libert\u00e9 \u00e0 la fois sexuelle et \u00e9rotique, de jouir sans poss\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces <em>mitzvot<\/em> \u2013 la <em>shemita<\/em>, le Shabbat (parmi d\u2019autres) \u2013 se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre de l\u2019ordre du f\u00e9minin. Plut\u00f4t que des gestes d\u2019action et de prise, ce sont des gestes d\u2019arr\u00eat, de lib\u00e9ration, d\u2019ouverture. Il s\u2019agit d\u2019arriver \u00e0 la terre d\u2019Isra\u00ebl, sur le lieu de d\u00e9sir et, dans le m\u00eame temps, de l\u00e2cher prise. Dans cet \u00e9lan de la possession, on introduirait un moment d\u2019abn\u00e9gation, de rel\u00e2che \u2013 <em>\u00c9ros<\/em> dont au moment de prise et de possession se donne \u00e0 la dimension de libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une des modifications du mythe fondateur de J\u00e9rusalem, o\u00f9 les trois fils d\u2019Abraham se disputent la J\u00e9rusalem femme, serait de transformer la figure de la femme. D\u2019ailleurs, la r\u00e9volution radicale de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale moderne et le retour historique des Juifs sur leur terre, nous y poussent. C\u2019est enfin la possibilit\u00e9 d\u2019adopter cette dimension f\u00e9minine du juda\u00efsme et de nommer J\u00e9rusalem, la ville-m\u00e8re (en h\u00e9breu \u00ab <em>Ir va-em<\/em> \u00bb). Nous sugg\u00e9rons ici que les trois religions ne seraient non pas uniquement issues des trois fils d\u2019Abraham, mais seraient aussi des fr\u00e8res issus de la m\u00eame m\u00e8re. Cet amour de la m\u00e8re est la seule possibilit\u00e9 pour l\u2019amour masculin de n\u2019\u00eatre pas une guerre d\u2019h\u00e9ritage du p\u00e8re ou une jalousie pour la femme convoit\u00e9e. J\u00e9rusalem comme ville-et-m\u00e8re permet \u00e0 ses fils de l\u2019aimer sans s\u2019entretuer. <\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, J\u00e9rusalem est une m\u00e8re compliqu\u00e9e ainsi que l\u2019image de la m\u00e8re dans le juda\u00efsme n\u2019est pas simple. Les matriarches ont des d\u00e9fauts, en particulier la jalousie. Il reste \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la forme de maternit\u00e9 que nous voudrions r\u00e9diger pour un mythe qui embrasserait l\u2019intrigue exigeante de J\u00e9rusalem.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve les \u00e9chos des th\u00e8mes \u00e9voqu\u00e9s ici dans un des po\u00e8mes de Paul Celan. Ce po\u00e8me m\u2019a, durant toutes ces ann\u00e9es, inspir\u00e9 dans mon travail, il ne cl\u00f4t ni ne conclut.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Les poles<\/strong><sup><a href=\"#4\">13<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Les poles<br>sont en nous,<br>Infranchissables&nbsp;<br>dans la veille,<br>mais nous transdormons, devant la porte<br>de la compassion,<\/p>\n\n\n\n<p>pour toi je te perds, c\u2019est<br>ma consolation de neige,<\/p>\n\n\n\n<p>dis: J\u00e9rusalem&nbsp; e s t,<\/p>\n\n\n\n<p>dis-le, comme si j\u2019\u00e9tais<br>ce blanc qui est le tien,<br>comme si tu \u00e9tais<br>le mien,<\/p>\n\n\n\n<p>comme si nous pouvions, sans nous, \u00eatre nous,&nbsp;<\/p>\n<cite>Traduit de l&rsquo;allemand par Martine Broda<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Paul Celan pose J\u00e9rusalem comme une femme-m\u00e8re-ville dont les p\u00f4les et le non-achev\u00e9 font partie. Le po\u00e8te sollicite le langage pour cr\u00e9er une autre r\u00e9alit\u00e9. Si les mythes nous font, nous pouvons aussi les (r\u00e9)inventer. Le mythe fait le lieu et le lieu r\u00e9pond au mythe. Le po\u00e8me termine par l\u2019amour : l\u2019homme parle \u00e0 la femme qui fait le lit et pr\u00e9pare l\u2019amour et la pri\u00e8re. <em>\u00c9ros<\/em>, ici, n\u2019est pas possessif, mais, au contraire, il lib\u00e8re. Comme le renvoi du bien-aim\u00e9 dans le dernier verset de Cantique des cantiques :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Fuis, mon bien-aim\u00e9, et comme le chevreuil ou le faon des biches [retire-toi] sur les montagnes embaum\u00e9es \u00bb.<sup><a href=\"#4\">14<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le \u00ab dis : J\u00e9rusalem est, dis-le \u00bb de Paul Celan nous enjoint \u00e0 assumer notre responsabilit\u00e9 et notre histoire. Comme pour la transmission de la m\u00e9moire de la <em>Shoah<\/em>, il nous faut changer ces mythes qui r\u00e9percutent la haine, la guerre et l\u2019intransigeance. Il faut avoir le courage de dire que c\u2019est \u00e0 nous d\u2019\u00e9crire le mythe de J\u00e9rusalem aujourd\u2019hui, au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>notes:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" id=\"1\">\n<li>\u00ab <strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/m_essays\/itineraire-dune-ecrivaine-israelienne-a-travers-les-sources-juives\/\" data-type=\"m_essays\" data-id=\"5063\" target=\"_blank\">Itin\u00e9raire d\u2019une \u00e9crivaine isra\u00e9lienne a travers les sources juives \u2013 manifeste litt\u00e9raire juif, \u00e0 la premi\u00e8re personne et au f\u00e9minin<\/a><\/strong> \u00bb, in : Sonia Sarah Lypsic (dir.), <em>Femmes et Juda\u00efsme<\/em>, Paris, \u00c9ditions in Press, 2008, pp. 23-82.<\/li>\n\n\n\n<li>La foi du croyant et celle de l\u2019artiste sont comparables. D\u2019ailleurs, en h\u00e9breu, les mots <em>maamin<\/em> pour croyant, et <em>oman<\/em> pour artiste, viennent de la m\u00eame racine a.m.n (vocalis\u00e9e, la racine devient \u00ab <em>amen<\/em> \u00bb).<\/li>\n\n\n\n<li>Psaume 132, verset 8, 13 et 14 ; dans la traduction du Rabbinat (<a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/\">http:\/\/www.sefarim.fr\/<\/a>).<\/li>\n\n\n\n<li>Sur le \u00ab couple \u00bb Dieu et Isra\u00ebl voir aussi : Jacques Derrida, Adieu \u00e0 Emmanuel Levinas, p. 177- 211. Michal Govrin, <em>HaShem<\/em> (roman), Tel Aviv, 1995 (2013) ; <em>The Name<\/em>, NY, 1998 ; \u201cChronika shel zugiut\u201d, dans A. Akhituv et A. Picard (dir.), Likrat Shabat, The Yaacov Herzog Center, 2006 ; Jacques Derrida, Michal Govrin, David Shapiro, <em>Body of Prayer<\/em>, NY, 2000, <em>Guf Tfila<\/em>, tel Aviv, 2013.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"5\" id=\"2\">\n<li>Ezechiel, chap. 16 ; dans la traduction du Rabbinat (<a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/\">http:\/\/www.sefarim.fr\/<\/a>).<\/li>\n\n\n\n<li>Le dernier verset qui, dans le texte original, pr\u00e9c\u00e8de les autres, est mis l\u00e0 pour mentionner les deux <em>mitzvot<\/em> n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9demption : le sang de l\u2019agneau pascal et celui de la circoncision.<\/li>\n\n\n\n<li>Michal Govrin, \u00ab Chant d\u2019outre-tombe \u00bb, dans : <em>Passages des fronti\u00e8res, autour du travail de Jacques Derrida<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 1994 ; Michal Govrin, \u00ab Regard d\u2019une colline \u00bb, dans : <em>Les Temps Modernes<\/em>, 629, 2004-5.<\/li>\n\n\n\n<li>Michal Govrin, \u00ab <strong><a href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/m_essays\/martyrs-ou-survivants-reflexions-sur-la-dimension-mythique-de-la-guerre-pour-lhistoire\/\" data-type=\"m_essays\" data-id=\"5562\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Martyrs ou Survivants ? R\u00e9flexion sur la dimension mythique de la \u201cguerre pour l\u2019histoire\u201d<\/a><\/strong> \u00bb, dans : <em>Les Temps Modernes<\/em>, 2003.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"9\" id=\"3\">\n<li>Traduit de l\u2019H\u00e9breu par Sophie Loizeau et Emmanuel Moses (Atelier de po\u00e9sie, MAHJ, Paris, mars 2008).<\/li>\n\n\n\n<li>Michal Govrin, <em><strong><a href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/publications\/sur-le-vif\/\" data-type=\"publications\" data-id=\"5007\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Sur le vif<\/a><\/strong><\/em>, traduit par Val\u00e9rie Zenatti, Paris, Edition Sabine Wespieser, 2007. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire <em>Sur le vif<\/em> entre la guerre du golfe et les accords d\u2019Oslo. D\u2019ailleurs, durant cette p\u00e9riode b\u00e9nie, o\u00f9 l\u2019on voyait poindre la paix, je pensais que mes amis se f\u00e2cheraient avec moi car mon roman \u00e9tait pessimiste. Finalement, c\u2019est en 2002, que je l\u2019ai termin\u00e9 et la situation, h\u00e9las, \u00e9tait pire que quand je l\u2019avais d\u00e9but\u00e9 puisque le processus de paix \u00e9tait avort\u00e9 et le pays \u00e9tait en pleine Intifada.<\/li>\n\n\n\n<li>Dans des termes analogues, le Talmud <em>Berachot<\/em> 35b, cite Rabi Shimeon Bar Yochai qui rappelle le danger que pose le travail sans arr\u00eat au temps consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la Torah. (Je remercie Haim Brezis pour la r\u00e9f\u00e9rence).<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"12\" id=\"4\">\n<li><em>Exode<\/em>, chap. 23 ; dans la traduction du Rabbinat (<a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/\">http:\/\/www.sefarim.fr\/<\/a>).<\/li>\n\n\n\n<li><em>Zeitgeh\u00f6ft<\/em>, \u00ab Sept po\u00e8mes de Paul Celan \u00bb traduits par Martine Broda in <em>Action po\u00e9tique<\/em>, num\u00e9ro 78, p. 17.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Cantiques des Cantiques<\/em>, chap. 8, verset 14 ; dans la traduction du Rabbinat. (<a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/\">http:\/\/www.sefarim.fr\/<\/a>).<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"featured_media":4587,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"categories":[129,128],"tags":[130,119,122,120,121,126],"class_list":["post-5592","m_essays","type-m_essays","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-essais-fr","category-pensee","tag-eros-fr","tag-feminine","tag-jachere","tag-jerusalem-fr","tag-mythe","tag-rituel-juif"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/m_essays\/5592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/m_essays"}],"about":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/m_essays"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4587"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}