{"id":5063,"date":"2021-06-28T18:42:29","date_gmt":"2021-06-28T18:42:29","guid":{"rendered":"https:\/\/new.michalgovrin.com\/m_essays\/itineraire-dune-ecrivaine-israelienne-a-travers-les-sources-juives\/"},"modified":"2023-02-21T12:27:36","modified_gmt":"2023-02-21T12:27:36","slug":"itineraire-dune-ecrivaine-israelienne-a-travers-les-sources-juives","status":"publish","type":"m_essays","link":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/m_essays\/itineraire-dune-ecrivaine-israelienne-a-travers-les-sources-juives\/","title":{"rendered":"Itin\u00e9raire d&rsquo;Une \u00c9crivaine Isra\u00e9lienne \u00e0 Travers Les Sources Juives"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Portrait de l\u2019artiste en jeune juive : Tel-Aviv &#8211; Paris &#8211; J\u00e9rusalem<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce colloque a pour moi une dimension particuli\u00e8re. \u00catre ici \u00e0 Paris me renvoie \u00e0 mon approche des sources juives, en tant que femme et auteur isra\u00e9lienne, parcours rythm\u00e9 par des moments de dialogue mais aussi de \u00ab pol\u00e9mique \u00bb avec l\u2019Europe et Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>En arrivant \u00e0 Paris en 1972 pour un doctorat de th\u00e9\u00e2tre, je laissais derri\u00e8re moi un pays qui, au lendemain de la guerre des Six jours, se pensait infaillible, et une ville, Tel-Aviv, devenue le v\u00e9ritable centre de la culture isra\u00e9lienne \u00ab la\u00efque \u00bb. Comme de nombreux autres avant moi, j\u2019usais de l\u2019alibi estudiantin pour c\u00e9der au spleen parisien et \u00e0 la fi\u00e8vre de l\u2019\u00e9criture dans ma chambre de bonne, au huiti\u00e8me \u00e9tage de la rue de Rivoli. Je m\u2019essayais \u00e0 la prose ou \u00e0 la po\u00e9sie, r\u00eavais de th\u00e9\u00e2tre juif et remplissais des feuillets de textes en h\u00e9breu gr\u00e2ce \u00e0 une machine \u00e0 \u00e9crire dot\u00e9e de caract\u00e8res h\u00e9bra\u00efques, d\u00e9nich\u00e9e le c\u0153ur battant \u00ab chez Durant \u00bb, boulevard Saint Germain. <\/p>\n\n\n\n<p>Coup\u00e9e de la biographie isra\u00e9lienne collective, du cocon protecteur des cercles dirigeants du pays qui donnaient le ton en mati\u00e8re de culture, je me percevais d\u00e9sormais comme une exil\u00e9e, une minoritaire. Certes, la ville de la culture et de la libert\u00e9, la cit\u00e9 de Piaf, de Brassens et d\u2019\u00e9crivains exil\u00e9s, s\u2019ouvrait \u00e0 moi, mais j\u2019allais d\u00e9couvrir une part d\u2019\u00e9tranget\u00e9 \u00e0 laquelle je ne m\u2019\u00e9tais pas pr\u00e9par\u00e9e. Chaque fois que je r\u00e9pondais \u00e0 la question \u00ab d\u2019o\u00f9 viens-tu ? \u00bb, la r\u00e9action que ma r\u00e9ponse provoquait, \u00ab mais tu n\u2019as pas l\u2019air juive \u00bb, me faisait revivre mon embarras de petite fille, lorsque les amies de ma m\u00e8re rescap\u00e9es de la <em>Shoah<\/em> louaient avec une insistance effrayante mon aspect \u00ab aryen \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans que je m\u2019y attende, la <em>Shoah<\/em> surgissait dans la ville des Lumi\u00e8res insidieusement : \u00e0 l\u2019occasion de la sortie du film <em>Le Chagrin et la Piti\u00e9<\/em> ou encore lors de mon stage \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, quand l\u2019Ouverture de <em>Parsifal<\/em> de Wagner faisait \u00e9cho \u00e0 la r\u00e9ception donn\u00e9e en l\u2019honneur de Hitler aux Jeux olympiques de Munich de 1936, et ceci sur fond du meurtre des sportifs isra\u00e9liens aux Jeux olympiques de Munich de 1972, ce m\u00eame automne. \u00c0 quoi s\u2019ajoutait l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit qui r\u00e9gnait sur le campus du bois de Vincennes de l\u2019universit\u00e9 Paris 8, o\u00f9 je suivais mes cours. Dans les couloirs de ce lieu de rassemblement de l\u2019OLP, le droit \u00e0 l\u2019existence d\u2019Isra\u00ebl n\u2019allait pas de soi\u2026 Tous cela \u00e9levait un mur de soup\u00e7on entre moi et la culture europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9fugiais de plus en plus dans la lecture de Martin Buber, du <em>Midrach<\/em> ou de Rabbi Nahman de Braslav.<sup><a href=\"#1\">1<\/a><\/sup> L\u2019automne suivant, en 1973 alors que la guerre de <em>Kippour<\/em> battait son plein, je fondais la troupe des \u00ab Sept mendiants \u00bb et montais <em>La moisson de la folie<\/em>, une adaptation sc\u00e9nique d\u2019un conte de Rabbi Nahman. L\u2019exil parisien me permettait ainsi de laisser remonter \u00e0 la surface ces quelques effluves de tradition hassidique per\u00e7ues dans mon enfance, du fait des racines profondes qu\u2019avait la famille de mon p\u00e8re dans le juda\u00efsme ukrainien<sup><a href=\"#1\">2<\/a><\/sup> et ce en d\u00e9pit du mode de vie la\u00efc et socialiste qui r\u00e9gnait \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9passais alors l\u2019ambition sioniste d\u2019\u00eatre \u00ab un peuple comme les autres \u00bb ou la vision limit\u00e9e du \u00ab droit \u00e0 la normalit\u00e9 \u00bb, selon l\u2019expression de A. B. Yehoshuah. Je rompais avec la perspective du cycle historique d\u2019une \u00ab jeune culture \u00bb qui aurait pouss\u00e9 sur les dunes de Tel-Aviv, se revendiquant directement de bases bibliques ou arch\u00e9ologiques en rejetant la Diaspora et tout ce que celle-ci avait produit. Gr\u00e2ce \u00e0 de grands ma\u00eetres \u00e0 penser juifs du Paris des ann\u00e9es 70, je trouvais les cl\u00e9s pour \u00e9tudier et m\u2019ouvrir au dialogue profond entre juda\u00efsme et culture occidentale. J\u2019entends encore Manitou<sup><a href=\"#2\">3<\/a><\/sup> citer le <em>Zohar<\/em> en pronon\u00e7ant les sons gutturaux et L\u00e9vinas \u00e9voquant Ha\u00efm de Volozhyn avec son accent <em>litwak<\/em>. Ces voix r\u00e9sonnaient d\u2019un m\u00e9lange s\u00e9farade et ashk\u00e9naze qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9tait encore assez rare en Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1975, un voyage en Pologne vers \u00ab l\u2019histoire de ma m\u00e8re \u00bb, mis \u00e0 jour mes obligations \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la <em>Shoah<\/em>. Je d\u00e9cidais alors de respecter le <em>chabbat<\/em> et les r\u00e8gles de la <em>cacherout<\/em> \u2013 entorse radicale \u00e0 un tabou la\u00efc isra\u00e9lien bien que ce furent l\u00e0 des gestes isol\u00e9s. Un tabou dont j\u2019avais entraper\u00e7u les effets, lorsque l\u2019universit\u00e9 de Tel-Aviv, avant mon d\u00e9part pour Paris, avait rejet\u00e9 ma proposition de recherche sur le th\u00e9\u00e2tre juif sous pr\u00e9texte que \u00ab cela n\u2019existait pas \u00bb. Et ce n\u2019est qu\u2019en dehors d\u2019Isra\u00ebl, encourag\u00e9e par le professeur Andr\u00e9 Veinstein, que j\u2019ai pu poursuivre ma recherche de doctorat sur \u00ab le th\u00e9\u00e2tre sacr\u00e9 contemporain \u00bb et plus particuli\u00e8rement sur les aspects th\u00e9\u00e2traux du rituel hassidique.<sup><a href=\"#2\">4<\/a><\/sup> Ma recherche me conduisit plus tard \u00e0 Boston, New York et J\u00e9rusalem, o\u00f9 je rencontrais Gershom Scholem, le Rav Tsvi Yehouda Kook ou le Rav Soloveitchik.<sup><a href=\"#2\">5<\/a><\/sup> Le <em>lernen<\/em>, l\u2019\u00e9tude juive, devint alors une partie intime de ma vie en m\u00eame temps qu\u2019une v\u00e9ritable r\u00e9volution dans ma recherche artistique ; r\u00e9volution que je vivais dans une solitude angoissante, comme en t\u00e9moigne l\u2019un de mes po\u00e8mes du moment <em>Les anc\u00eatres<\/em>.<sup><a href=\"#3\">6<\/a><\/sup> Ce n\u2019est que bien des ann\u00e9es plus tard que cette r\u00e9volution atteignit la vie culturelle isra\u00e9lienne.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Les anc\u00eatres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme une dalle sur une fosse<br>Leurs voix scellent le ciel<br>Poign\u00e9es de mains de routine<br>Ils se saluent<br>Les pointes de leurs barbes vibrent<br>Aux vents d\u2019autres temps<br>Et les ailes affol\u00e9es de leurs arguties<br>S\u2019agitent sous un dais fangeux<br>Comme \u00e0 l\u2019or\u00e9e des cieux<\/p>\n\n\n\n<p>En suspens au bord de l\u2019ab\u00eeme<br>R\u00f4dent mes anc\u00eatres<br>Serr\u00e9s les uns contre les autres<br>En robe stricte de pays lointains<br>Manches hispaniques au parfum de jasmin.<br>Au vent battent papillotes et fourrures<br>Odeurs de maison-mur<br>De villes \u00e9trang\u00e8res<br>Charivari d\u2019enfants<br>      De femmes<br>            De casseroles<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se tiennent par la main, leur pacte de sang<br>Scelle la vo\u00fbte des cieux<br>Sans que rien n\u2019y paraisse passe \u00e0 eux<br>Le fruit de leurs entrailles<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Partie faire des \u00e9tudes \u00e0 Paris, j\u2019\u00e9tais essentiellement isra\u00e9lienne. J\u2019en suis revenue juive. Je ne suis pas retourn\u00e9e dans ma ville natale, \u00e0 Tel-Aviv, mais j\u2019ai choisi de vivre \u00e0 J\u00e9rusalem, o\u00f9 se sont ouvertes pour moi les portes des plus grands savants de cette g\u00e9n\u00e9ration, Gershom Sholem, Shlomo Pin\u00e8s, Rivka Shatz, Yossef Tal, Stefan Mos\u00e9s, Mosh\u00e9 Idel et Yehuda Liebes. Je partageais mes recherches avec un groupe d\u2019artistes et de nombreux \u00e9tudiants. Parall\u00e8lement, je poursuivais mon dialogue avec Paris, avec Jacques Derrida ou Ha\u00efm Br\u00e9zis, avec qui je devais me marier plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"quote\">Sans que je m\u2019y attende, la <em>Shoah<\/em> surgissait dans la ville des Lumi\u00e8res insidieusement : \u00e0 l\u2019occasion de la sortie du film\u00a0<em>Le Chagrin et la Piti\u00e9\u00a0<\/em>ou encore lors de mon stage \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, quand l\u2019Ouverture de\u00a0Parsifal\u00a0de Wagner faisait \u00e9cho \u00e0 la r\u00e9ception donn\u00e9e en l\u2019honneur de Hitler aux Jeux olympiques de Munich de 1936, et ceci sur fond du meurtre des sportifs isra\u00e9liens aux Jeux olympiques de Munich de 1972, ce m\u00eame automne. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la v\u00e9ritable \u00ab <em>maison d\u2019\u00e9tude<\/em> \u00bb (beth hamidrach) d\u2019un artiste se trouve au c\u0153ur de sa cr\u00e9ation. C\u2019est une \u00e9tude par la cr\u00e9ation et la cr\u00e9ation comme mode d\u2019\u00e9tude. Foi commune au croyant et \u00e0 l\u2019artiste<sup><a href=\"#3\">7<\/a><\/sup> en leur force d\u2019innovation, de cr\u00e9ation et de r\u00e9paration du monde (<em>tikoun ha&rsquo;olam<\/em>). Les fruits de mes \u00e9tudes avec mes ma\u00eetres et coll\u00e8gues me tenaient lieu d\u2019inspiration durant les r\u00e9p\u00e9titions de th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 ma table de travail. Dans ce va et vient, certains propos m\u2019ont boulevers\u00e9e dont je t\u00e9moigne ici, \u00e0 la premi\u00e8re personne et au f\u00e9minin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Voix de femme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour une femme \u00e9crivain, la transgression \u00e9tait double : celle du tabou de la culture isra\u00e9lienne la\u00efque, et celle d\u2019un domaine jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9 aux hommes. Car, contrairement \u00e0 la tradition chr\u00e9tienne o\u00f9 la litt\u00e9rature f\u00e9minine \u00e0 sa place, le canon juif a exclu toute voix de femme, consid\u00e9r\u00e9e comme voix de l\u2019abomination. Aucun livre \u00e9crit par une femme ne figure parmi les milliers d\u2019ouvrages, r\u00e9dig\u00e9s au cours des si\u00e8cles. Les rares \u00e9crits attribu\u00e9s \u00e0 des femmes, comme le <em>Livre d\u2019Esther<\/em> dans le canon biblique ou les <em>Supplications<\/em> (<em>teh&rsquo;inot<\/em>, pri\u00e8res pour femmes en yiddish), ne sont que des exceptions confirmant la r\u00e8gle. Est-ce la raison inconsciente pour laquelle les personnages masculins abondent dans mes premiers livres ? Quoi qu\u2019il en soit, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 des femmes apparurent dans mon oeuvre, un aspect inattendu des sources juives se r\u00e9v\u00e9la \u00e0 moi avec \u00e9clat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019eros<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9crit <em>Le Nom <\/em>comme une pri\u00e8re romanesque, \u00e0 mi-chemin entre les voix traditionnelles et les cahots psychiques et religieux de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, fille de rescap\u00e9s de la <em>Shoah<\/em>, revenue \u00e0 la foi et \u00e0 la pratique juive. J\u2019ai compos\u00e9 la pri\u00e8re de l\u2019h\u00e9ro\u00efne en usant de l\u2019intertextualit\u00e9, m\u00e9thode employ\u00e9e par les cr\u00e9ateurs des pri\u00e8res ou des po\u00e9sies religieuses (<em>piyoutim<\/em>) qui ins\u00e9raient des citations de sources anciennes dans le cadre de leurs nouvelles compositions. Cette voix de femme fit exploser la charge \u00e9rotique du langage de la pri\u00e8re, rest\u00e9e latente tant que la pri\u00e8re \u00e9tait r\u00e9cit\u00e9e par un homme du fait d\u2019un \u00e9loignement m\u00e9taphorique du \u00ab couple \u00bb que forment Dieu et le peuple d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Neuf jours aujourd\u2019hui, qui sont une semaine et deux jours de l\u2019Omer.<sup><a href=\"#3\">8<\/a><\/sup><br>Grandeur des grandeurs.<br>Ha-Shem,<sup><a href=\"#3\">9<\/a><\/sup> mon Dieu et Dieu de mes p\u00e8res, que ta volont\u00e9 te pr\u00e9c\u00e8de, que ma pri\u00e8re vienne devant toi, car tu entends celle de chaque bouche.<br>Puisses-tu m\u2019accueillir avec amour et vouloir. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et puisses-tu vouloir de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Quarante autres jours jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019enfin, les bras tendus. Vers toi. Corps \u00e0 corps et souffle contre souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>Oh, passion br\u00fblante, \u00e9lan vers toi. D\u00e9sir de courir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du fil. De couper court. De plonger d\u00e9j\u00e0 dans la d\u00e9votion de l\u2019\u00e2me et du corps. De m\u2019enfouir d\u00e9j\u00e0 dans tes bras. Quel d\u00e9lice\u2026<br>Et des pens\u00e9es de croyance mesquine, de grande col\u00e8re, embrouillent mes membres. Si seulement tu m\u2019appelais sur-le-champ sans me demander le repentir ! Si seulement sur-le-champ tu m\u2019enveloppais de ton v\u00eatement et tu voulais de moi. Tout est pr\u00eat en moi. Dans une enti\u00e8re d\u00e9votion. Jusqu\u2019au dernier jour du compte, jusqu\u2019au royaume des royaumes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime union dans la puret\u00e9. Que ta volont\u00e9 te pr\u00e9c\u00e8de pour m\u2019accueillir dans l\u2019amour et le vouloir. Que ta volont\u00e9 te pr\u00e9c\u00e8de et agr\u00e9e ma supplication. Que ta volont\u00e9 te pr\u00e9c\u00e8de et que ce peu de ma graisse et de mon sang te soit comme une offrande d\u00e9pos\u00e9e sur l\u2019autel devant toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puisses-tu vouloir de moi.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans la bouche d\u2019une femme, des paroles comme, \u00ab Puisses-tu m\u2019accueillir avec amour et vouloir. Et puisses-tu vouloir de moi \u00bb, \u00e9voquent un abandon total du corps et de l\u2019\u00e2me et transforment le texte de la pri\u00e8re en invitation explicite \u00e0 l\u2019acte sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La dimension conjugale de l\u2019Alliance<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec cet ouvrage <em>Le Nom<\/em>, un roman dans lequel la femme s\u2019adresse directement \u00e0 Dieu &#8211; celui qui \u00e9coute la pri\u00e8re de chacun &#8211; un \u00e9clairage nouveau m\u2019apparut, sur la nature conjugale du dialogue inh\u00e9rent \u00e0 la pri\u00e8re de l\u2019individu juif, et sur l\u2019union mythique entre Dieu et Isra\u00ebl. L\u2019h\u00e9ro\u00efne entretient des rapports houleux avec les hommes de sa vie : son p\u00e8re, ses amants, son fianc\u00e9 ou les rabbins qu\u2019elle croise lors de son retour vers la foi, \u00e0 J\u00e9rusalem. Non moins tourment\u00e9s sont ses rapports avec Dieu, l\u2019objet de ses pri\u00e8res et de son d\u00e9sir. La \u00ab ressemblance r\u00e9aliste \u00bb de ces deux types de relation, m\u2019inspira la r\u00e9daction des chapitres o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne trouve un \u00e9cho \u00e0 sa propre vie dans celle du \u00ab jeune couple \u00bb que forment Dieu et son peuple, leurs rapports chaotiques, d\u00e8s \u00ab leurs fian\u00e7ailles \u00bb, la nuit de la sortie d\u2019Egypte &#8211; entre les hauteurs d\u2019un abandon sans limite et les ab\u00eemes de la jalousie et de la tromperie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mon bien-aim\u00e9 est \u00e0 moi et moi, je suis \u00e0 mon bien-aim\u00e9 \u00bb, ce cantique de <em>Yom Kippour<\/em> qui d\u00e9crit le couple form\u00e9 par le peuple d\u2019Isra\u00ebl et son Dieu, constitue une image essentielle de la mythologie juive. La Bible d\u2019abord &#8211; et tout particuli\u00e8rement le <em>Cantique des Cantiques<\/em> \u2013 et toute la litt\u00e9rature rabbinique ensuite, recourent \u00e0 la m\u00e9taphore des fian\u00e7ailles, du mariage et de l\u2019amour pour \u00e9voquer les liens entre Dieu et l\u2019assembl\u00e9e d\u2019Isra\u00ebl. Avec des styles diff\u00e9rents, tous ces textes racontent l\u2019histoire de Dieu qui cr\u00e9a le monde afin de sceller une alliance avec le peuple qu\u2019il \u00e9lit et d\u00e9crivent leur relation comme un rapport \u00e9rotique. Leur relation, satur\u00e9e de d\u00e9sir, oscille constamment entre \u00e9loignement et rapprochement. Ce mythe du couple exprime la foi en un monde en perp\u00e9tuelle cr\u00e9ation par l\u2019union de ses contraires. Cependant, que se passe-t-il \u00ab r\u00e9ellement \u00bb dans l\u2019intimit\u00e9 de ce couple antique ? Qu\u2019est-ce qui les soude, au-del\u00e0 de quelques instants d\u2019\u00e9l\u00e9vation, tout au long d\u2019une histoire ininterrompue de pers\u00e9cutions et de destruction ?<\/p>\n\n\n\n<p>La pri\u00e8re d\u2019Amalia, l\u2019h\u00e9ro\u00efne du roman <em>Le Nom<\/em>, surgit de la meurtrissure de la <em>Shoah<\/em>. De la fuite d\u2019un h\u00e9ritage de destruction, \u00e0 une vie de boh\u00e8me \u00e0 New-York, apr\u00e8s la d\u00e9couverte de l\u2019ampleur du silence europ\u00e9en, elle cherche une r\u00e9ponse extatique. Mais les r\u00e9ponses des rabbins &#8211; de fonction ou mystiques &#8211; qu\u2019elle croise sur son chemin, ne la satisfont pas. Sa voix en pri\u00e8re me d\u00e9voila celles qui, dans la tradition, apparaissent aux heures de crise. C\u2019est la voix qui se r\u00e9volte contre le ciel et qui \u00ab se rebelle \u00bb contre la mesure de justice, combat pour annuler la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du verdict, celle qui s\u2019obstine \u00e0 d\u00e9voiler la face cach\u00e9e de Dieu et assume de le gu\u00e9rir de \u00ab la d\u00e9chirure \u00bb qu\u2019il subit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette voix est port\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement par des femmes. Ainsi le Talmud pr\u00e9sente la pri\u00e8re de Hanna<sup><a href=\"#4\">10<\/a><\/sup> comme le prototype de la pri\u00e8re susceptible de modifier la volont\u00e9 divine. Selon le trait\u00e9 <em>Berakhot<\/em> 31b du Talmud de Babylone, Hanna, en accusant le ciel, r\u00e9ussit par sa pri\u00e8re \u00e0 corriger un d\u00e9faut de l\u2019\u0153uvre de Dieu qui l\u2019avait rendue st\u00e9rile et impose \u00e0 Dieu de lui permettre d\u2019enfanter. Dans une s\u00e9v\u00e8re critique de genre et de classe, le Talmud raille le pr\u00eatre \u00c9li et son regard ext\u00e9rieur sur Hanna, plong\u00e9e dans sa pri\u00e8re. En effet, \u00c9li fulmine contre Hanna l\u2019accusant \u00e0 tort d\u2019\u00eatre ivre ou en d\u2019autres termes, d\u2019\u00eatre \u00ab une femme hyst\u00e9rique \u00bb (terme, rappelons-le, venant du grec <em>hysterion<\/em>, signifiant matrice). Mais, ce sont aussi des voix d\u2019hommes qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent aux heures de crise. Mo\u00efse, Honi le traceur de cercles dans le Talmud, Rabbi Yitshak de Berditchev (1740-1809) ou Kalonymus de Piaccena dont on trouva le texte intitul\u00e9 <em>Feu sacr\u00e9<\/em> sous les ruines du ghetto de Varsovie, font retentir eux aussi la voix de la mesure f\u00e9minine du couple de l\u2019Alliance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"quote\">Cette voix de femme fit exploser la charge \u00e9rotique du langage de la pri\u00e8re, rest\u00e9e latente tant que la pri\u00e8re \u00e9tait r\u00e9cit\u00e9e par un homme du fait d\u2019un \u00e9loignement m\u00e9taphorique du \u00ab couple \u00bb que forment Dieu et le peuple d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>La force d\u2019interpellation parvient en ces moments \u00e0 annuler la rigueur du verdict et \u00e0 faire r\u00e9sonner des paroles de consolation. Et de cette dynamique des attributs divins surgit alors un Dieu compatissant et consolateur, un Dieu f\u00e9minin, ayant une matrice<sup><a href=\"#4\">11<\/a><\/sup> (voir <em>J\u00e9r\u00e9mie<\/em> 31, 19-20). Durant des g\u00e9n\u00e9rations, des hommes ont su rendre la voix f\u00e9minine dans la mythologie juive par la justesse de leur analyse et la profondeur de leur compr\u00e9hension. Ils ont ainsi donn\u00e9 une voix \u00e0 la mesure f\u00e9minine du monde et d\u2019eux-m\u00eames. L\u2019\u00e9criture \u00e0 la premi\u00e8re personne et au f\u00e9minin me fit d\u2019embl\u00e9e prendre conscience de l\u2019ampleur du d\u00e9fi que repr\u00e9sente l\u2019entr\u00e9e des femmes dans le canon biblique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La dualit\u00e9 ou Le couple antis\u00e9mite \u2013 la femme et le regard de l\u2019autre : le Juif en tant qu\u2019objet de d\u00e9sir<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Durant l\u2019\u00e9criture du roman, <em><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/publications\/sur-le-vif\/\" data-type=\"publications\" data-id=\"5007\" target=\"_blank\">Sur Le Vif<\/a><\/strong><\/em>, autour d\u2019une architecte isra\u00e9lienne radicale, je me rendis compte \u00e0 quel point \u00ab le regard de l\u2019autre \u00bb, tant interne qu\u2019externe, est essentiel \u00e0 la mythologie du couple juif. Le regard de l\u2019int\u00e9rieur appr\u00e9hende l\u2019alliance entre Dieu et son peuple comme un lien matrimonial exclusif, contrastant avec le rapport de Dieu aux Gentils. L\u2019\u00e9pouse, c\u2019est-\u00e0-dire Isra\u00ebl, \u00e9lue entre toutes, diff\u00e8re des femmes \u00e9trang\u00e8res. De plus, le caract\u00e8re public de l\u2019alliance est scell\u00e9 au vu et au su des Gentils, et se d\u00e9ploie avec ses moments de bonheur, de crises, de disputes et la pr\u00e9occupation du qu\u2019en-dira-t-on ? Ces moments sont inh\u00e9rents \u00e0 cette alliance et s\u2019expriment d\u00e8s son d\u00e9but. Le respect des \u00ab secrets \u00bb du couple cache aux Gentils le \u00ab myst\u00e8re d\u2019Isra\u00ebl \u00bb en m\u00eame temps qu\u2019il renforce leur attrait pour \u00ab ce qui est d\u00e9rob\u00e9 au public \u00bb.<sup><a href=\"#4\">12<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Pour le regard ext\u00e9rieur, celui du christianisme ou de l\u2019islam, qui partage avec le juda\u00efsme le m\u00eame Dieu, l\u2019exigence juive d\u2019\u00eatre la seule \u00e9pouse rendant ill\u00e9gitime tout autre liaison avec Dieu, constitue en soi \u00ab un scandale insupportable \u00bb. Dans cette rivalit\u00e9 dans la relation \u00e0 Dieu, faite d\u2019amour, de jalousie et d\u2019appropriation, s\u2019\u00e9labore ce qu\u2019on pourrait appeler \u00ab le couple antis\u00e9mite \u00bb entre le Juif &#8211; l\u2019\u00e9pouse \u00e9lue par Dieu &#8211; et ceux qui aspirent \u00e0 le remplacer. Le Juif, qui est assis \u00e0 la porte (\u00ab \u00e0 la porte de la loi \u00bb ou \u00ab \u00e0 la porte du palais \u00bb),<sup><a href=\"#5\">13<\/a><\/sup> entrave le chemin vers Dieu et ceux qui revendiquent pour eux-m\u00eames cette place se heurtent au Juif. Dans cette dualit\u00e9 impos\u00e9e, le Juif devient \u00ab la femme \u00bb, \u00e0 la fois d\u00e9sir\u00e9e et odieuse, arch\u00e9type de l\u2019objet de d\u00e9sir et lieu de renversement du d\u00e9sir en jalousie meurtri\u00e8re (dont les rituels orgiaques de Sade peuvent servir de mod\u00e8le).<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, dans les rapports du christianisme et de l\u2019islam avec Dieu, chacun selon ses modalit\u00e9s, intervient en plus \u00ab la dualit\u00e9 antis\u00e9mite \u00bb, dans ses paradoxes de d\u00e9sir et de haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Juif et constitue un facteur essentiel de leurs identit\u00e9s. Dans ce type pervers et conflictuel de couple, le Juif d\u00e9passe les limites du genre. Et de m\u00eame que le myst\u00e8re de la circoncision enl\u00e8ve quelque chose \u00e0 l\u2019organe sexuel du m\u00e2le juif, dans la dualit\u00e9 antis\u00e9mite, l\u2019homme juif et particuli\u00e8rement celui qui s\u2019affiche ouvertement comme tel (par une barbe ou un ch\u00e2le de pri\u00e8re traditionnels, un casque de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne dans la version actuelle ou l\u2019odieuse combinaison des deux, avec les franges et le fusil des \u00ab colons \u00bb des territoires), devient lui aussi, objet de d\u00e9sir tourment\u00e9, tout comme l\u2019\u00e9tait la femme juive. Le d\u00e9cha\u00eenement du nouvel antis\u00e9mitisme, qui remplace \u00ab l\u2019\u00e9toile jaune \u00bb par une bleue et nie le droit \u00e0 l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, rend encore plus urgente la compr\u00e9hension des nombreux aspects de \u00ab la f\u00e9minit\u00e9 \u00bb dans la mythologie duelle juive et le couple antis\u00e9mite. Une partie de mon travail porte sur cette question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"quote\">La pri\u00e8re d\u2019Amalia, l\u2019h\u00e9ro\u00efne du roman\u00a0<em>Le Nom<\/em>, surgit de la meurtrissure de la <em>Shoah<\/em>. Sa voix en pri\u00e8re me d\u00e9voila celles qui, dans la tradition, apparaissent aux heures de crise. C\u2019est la voix qui se r\u00e9volte contre le ciel et qui \u00ab se rebelle \u00bb contre la mesure de justice, combat pour annuler la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du verdict, celle qui s\u2019obstine \u00e0 d\u00e9voiler la face cach\u00e9e de Dieu et assume de le gu\u00e9rir de \u00ab la d\u00e9chirure \u00bb qu\u2019il subit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La mesure f\u00e9minine de la <em>halakha<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab maison d\u2019\u00e9tude de la cr\u00e9ation \u00bb m\u2019incita \u00e0 me demander si la voix et la mesure f\u00e9minines se confinent aux seules limites du narratif et du mythe ou bien trouvent aussi leur expression dans la loi juive (<em>halakha<\/em>) et ses 613 commandements &#8211; cette \u00ab langue mat\u00e9rielle sacr\u00e9e \u00bb de \u00ab et apr\u00e8s je verrai Dieu dans ma chair \u00bb (<em>Job<\/em> 19, 26). Cette question me poussa \u00e0 consulter la vaste litt\u00e9rature traitant des commandements, de leur application \u00e0 la lettre ou de leurs raisons d\u2019\u00eatre, du <em>Pentateuque<\/em> aux derniers commentateurs. Apparaissent alors deux mesures de commandements, oppos\u00e9es et compl\u00e9mentaires qu\u2019on peut appeler mesures masculine et f\u00e9minine. Dans le canon biblique, les attributs de la mesure masculine absolue sont, entre autres, la puissance, le courage, la justice, la construction, la perc\u00e9e ou la possession. Les commandements f\u00e9minins, non pas ceux qui s\u2019adressent aux femmes mais que nous qualifions en tant que tels, sont d\u00e9crits quant \u00e0 eux comme ouvrant \u00ab un espace libre \u00bb et sont empreints d\u2019un caract\u00e8re mod\u00e9rateur, de \u00ab relativit\u00e9 \u00bb impliquant une notion de non-int\u00e9gralit\u00e9, de temporaire, de changement, d\u2019inachev\u00e9, de propri\u00e9t\u00e9 sous conditions ou de d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du facteur temps. Les mesures f\u00e9minines s\u2019ouvrent vers la r\u00e9demption. Comme la voix f\u00e9minine en pri\u00e8re, elles ont le pouvoir de mener au-del\u00e0 des instants de d\u00e9tresse, vers le salut. Les deux mesures faisant partie d\u2019un ensemble dynamique, en perp\u00e9tuel renouvellement, sont d\u00e9pendantes l\u2019une de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon \u00ab laboratoire de la cr\u00e9ation \u00bb, je me suis tout particuli\u00e8rement pench\u00e9e sur quelques commandements f\u00e9minins, comme le <em>chabbat<\/em>, la <em>souca<\/em><sup><a href=\"#5\">14<\/a><\/sup> ou la <em>chemita<\/em>.<sup><a href=\"#5\">15<\/a><\/sup> Les lois du <em>chabbat<\/em> s\u2019ins\u00e8rent au beau milieu des instructions sur la construction du Tabernacle, dans la section toranique <em>Ki tissa<\/em><sup><a href=\"#5\">16<\/a><\/sup> et \u00ab laissent un vide \u00bb au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019existence mat\u00e9rielle du sacr\u00e9. Ce vide appartient \u00e0 un autre temps, \u00ab une sorte de monde futur \u00bb et \u00e0 un autre lieu, \u00ab patrimoine sans fronti\u00e8res \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un espace satur\u00e9 d\u2019\u00e9rotisme qu\u2019ouvre l\u2019invitation : \u00ab Viens, ma fianc\u00e9e \u00bb (<em>lekha dodi<\/em>).<sup><a href=\"#5\">17<\/a><\/sup> Tous les sept ans, les lois de la <em>chemita<\/em> percent un vide au c\u0153ur des rapports de propri\u00e9t\u00e9 et de r\u00e9gie des biens. Elles imposent une dimension conditionnelle \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de la terre<sup><a href=\"#6\">18<\/a><\/sup> \u00ab car la terre est \u00e0 moi \u00bb, est-il \u00e9crit (<em>L\u00e9vitique<\/em> 25, 23). Et le Talmud (<em>Sanhedrin<\/em> 39a ; <em>Souca<\/em> 3a) consid\u00e8re l\u2019exil &#8211; divorce du peuple avec la terre &#8211; comme une punition sanctionnant la mainmise absolue sur la terre lorsqu\u2019elle s\u2019effectue dans un non respect des lois de la <em>chemita<\/em>. L\u2019espace de la <em>souca<\/em> d\u00e9finit le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la construction par la non-validit\u00e9 d\u2019une <em>souca<\/em> qui serait trop \u00ab persistante \u00bb, elle d\u00e9finit aussi la temporalit\u00e9 de la m\u00e9moire par la non-validit\u00e9 d\u2019une <em>souca<\/em> \u00ab ancienne \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mont\u00e9e d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre. Habiter une <em>souca<\/em> transforme l\u2019existence toute enti\u00e8re en \u00ab mat\u00e9riel de m\u00e9moire \u00bb car elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la fragilit\u00e9 historique du peuple errant dans le d\u00e9sert \u00e0 l\u2019ombre du cort\u00e8ge de nu\u00e9es, mais aussi \u00e0 la fragilit\u00e9 actuelle de ceux qui se tiennent \u00e0 l\u2019abri de son toit de branches. Au \u00ab laboratoire de la cr\u00e9ation \u00bb, je me suis limit\u00e9e \u00e0 un regard sur l\u2019existence des mesures masculine et f\u00e9minine dans le cadre de mon \u00e9criture de fiction. J\u2019ai constat\u00e9 comment elle pouvait influencer la vie des personnages, fa\u00e7onner des \u00e9v\u00e9nements ou susciter des conflits, modeler des intrigues de mythe, d\u2019id\u00e9ologie ou de r\u00e9cit. Les commandements et leurs motivations tout comme les mat\u00e9riaux du mythe sont devenus l\u2019ossature de mon \u0153uvre artistique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Chabbat<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aspiration \u00e0 un espace de <em>chabbat<\/em> m\u00e8ne les intrigues des deux romans, <em>Le Nom<\/em> et <em><em><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/publications\/sur-le-vif\/\" data-type=\"publications\" data-id=\"5007\" target=\"_blank\">Sur Le Vif<\/a><\/strong><\/em><\/em> \u00e0 leurs d\u00e9nouements. L\u2019h\u00e9ro\u00efne du <em>Nom<\/em> s\u2019identifie tout au long du roman \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e d\u2019Isra\u00ebl, \u00e0 la pr\u00e9sence divine ou \u00e0 J\u00e9rusalem. Elle se consacre \u00e0 Dieu, comme dans un sacrifice de pardon, et se pr\u00e9pare \u00e0 une union mystique avec Lui, la nuit de <em>Chavou\u2019ot<\/em>.<sup><a href=\"#6\">19<\/a><\/sup> Cependant, en pleine crise religieuse, elle constate l\u2019impuissance de Dieu. \u00c0 la fin du roman, qui se situe la veille du <em>chabbat<\/em>, elle agr\u00e9e l\u2019imperfection du monde et de Dieu. Enfin, la lucidit\u00e9 l\u2019am\u00e8ne \u00e0 s\u2019assumer elle-m\u00eame ainsi que ses souvenirs et \u00e0 accepter un salut temporaire et cyclique.<sup><a href=\"#6\">20<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>chabbat<\/em> est \u00e9galement pr\u00e9sent \u00e0 la fin du roman <em><em><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/publications\/sur-le-vif\/\" data-type=\"publications\" data-id=\"5007\" target=\"_blank\">Sur Le Vif<\/a><\/strong><\/em><\/em>. Les derniers instantan\u00e9s du livre sont r\u00e9dig\u00e9s au lendemain de la guerre du Golfe, alors que l\u2019h\u00e9ro\u00efne se rend \u00e0 un congr\u00e8s international d\u2019architecture. Elle prend la route, en d\u00e9but d\u2019une grossesse dont elle se f\u00e9licite, bien qu\u2019elle ne sache pas encore si le p\u00e8re de son enfant est son mari, le juif fran\u00e7ais ou son amant Palestinien. En chemin, sur l\u2019autoroute Paris &#8211; Munich, elle entretient son p\u00e8re de ses pens\u00e9es sur \u00ab l\u2019espace f\u00e9minin juif \u00bb, dans une conversation qui se veut aussi consolation.<sup><a href=\"#7\">21<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le lieu f\u00e9minin : souca et chemita \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 ses coreligionnaires en diaspora, l\u2019\u00e9crivain isra\u00e9lien se doit t\u00f4t ou tard &#8211; et chacun le fait \u00e0 sa mani\u00e8re \u2013 d\u2019assumer sa responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la r\u00e9alit\u00e9 dramatique d\u2019Isra\u00ebl. J\u00e9rusalem, dont la beaut\u00e9 et le myst\u00e8re ne cessent de me charmer, J\u00e9rusalem la ville-femme, objet de d\u00e9sir, c\u0153ur de la tourmente d\u2019un conflit religieux tridimensionnel<sup><a href=\"#7\">22<\/a><\/sup> est devenue pour moi un prisme suppl\u00e9mentaire de la voix de la femme : les voix f\u00e9minines \u2013 ou la mesure f\u00e9minine de la <em>halakha<\/em> \u2013 pourront-elles influer sur la r\u00e9alit\u00e9 et la transformer ? Am\u00e8neront-elles un bouleversement cat\u00e9gorique de la place de la femme dans cette relation de couple tant mythique que r\u00e9elle et d\u00e9passant le pi\u00e8ge de la jalousie et du fanatisme ? Permettront-elles \u00e0 la femme d\u2019\u00eatre simultan\u00e9ment \u00e9pouse et femme de son si\u00e8cle ou \u00e0 J\u00e9rusalem d\u2019\u00eatre le lieu que Dieu choisit (<em>Psaumes<\/em> 132, 13-14) mais aussi la \u00ab maison de pri\u00e8re\u2026 pour tous les peuples \u00bb (<em>Isa\u00efe<\/em> 56, 7) ? Pourront-elles r\u00e9volutionner le discours politique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, Ilana Tsouriel, mon h\u00e9ro\u00efne du roman <em><em><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/fr\/publications\/sur-le-vif\/\" data-type=\"publications\" data-id=\"5007\" target=\"_blank\">Sur Le Vif<\/a><\/strong><\/em><\/em> qui a quitt\u00e9 le pays et y retourne apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019absence, se mesure au lien qui l\u2019y attache. Les \u00e9chos de sa qu\u00eate r\u00e9sonnent dans son dialogue imaginaire avec son p\u00e8re, le pionnier fondateur, l\u2019ann\u00e9e qui suit sa mort. Ils r\u00e9sonnent \u00e9galement dans la d\u00e9chirure de ses rapports avec son mari, survivant de la <em>Shoah<\/em> et antisioniste, dans ses rapports tumultueux avec son amant Palestinien, dans la distance qu\u2019elle prend dans ses confrontations avec la gauche post-sioniste et enfin dans sa communaut\u00e9 de destin avec ses voisins du modeste immeuble de J\u00e9rusalem en compagnie desquels elle passe la guerre du Golfe avec ses deux fils. \u00c0 tout cela, elle r\u00e9pond en esquissant le plan d\u2019un monument ou plus exactement, \u00ab d\u2019un anti-monument \u00bb, devant s\u2019\u00e9riger \u00e0 J\u00e9rusalem sur la hauteur situ\u00e9e au sud du Mont du Temple. L\u00e0, elle con\u00e7oit l\u2019\u00e9dification d\u2019un \u00ab village de cabanes \u00bb o\u00f9 pourront loger les \u00e9l\u00e8ves du \u00ab centre de <em>chemita<\/em> \u00bb, venus \u00e9tudier sur ce site les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019application des lois de <em>chemita<\/em> se rapportant \u00e0 la terre comme aux dettes, dans un monde d\u2019\u00e9conomie globale qui compte de nombreux foyers de conflit territorial. Mais les al\u00e9as de l\u2019histoire d\u00e9rangent le plan d\u2019Ilana ; d\u2019abord, la premi\u00e8re Intifada puis, la guerre du Golfe. Et c\u2019est justement dans la \u00ab <em>souca<\/em> de plastique \u00bb de sa \u00ab chambre \u00e9tanche<sup><a href=\"#7\">23<\/a><\/sup> \u00bb qu\u2019elle trouve une nouvelle dimension \u00e0 son projet architectural. Dans un geste de r\u00e9volte f\u00e9minine, elle \u00e9tablit des plans pour renouveler l\u2019\u00e9coulement de l\u2019eau dans un aqueduc ancien qui autrefois amenait l\u2019eau des sources de H\u00e9bron au Temple de J\u00e9rusalem.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tition ironique de l\u2019Histoire, j\u2019ai termin\u00e9 les chapitres sur Ilana Tsouriel en hiver 1991, alors que la deuxi\u00e8me Intifada battait son plein. Et de m\u00eame que se multipliaient les attentats suicide durant l\u2019hiver 2001, grossissait le flot du plan imaginaire entre l\u2019esplanade des mosqu\u00e9es, le Saint-S\u00e9pulcre et la cascade \u00e9ternelle attenant au Mur occidental. Ce plan franchissait des fronti\u00e8res de sacr\u00e9 et de haine, de fiction et de r\u00e9alit\u00e9, dans un ruissellement de vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion : assumer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>Livre d\u2019Esther<\/em> \u00e9tablit un parall\u00e8le entre l\u2019antis\u00e9mitisme (pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans la Bible) et la misogynie. Assu\u00e9rus en col\u00e8re contre Vachti, abdique devant les menaces de guerre totale que m\u00e8nerait le \u00ab deuxi\u00e8me sexe \u00bb selon Memouchan :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Car l\u2019incident de la reine, venant \u00e0 la connaissance de toutes les femmes, aura pour effet de d\u00e9consid\u00e9rer leurs maris \u00e0 leurs yeux, puisqu\u2019on dira : \u00ab Le roi Assu\u00e9rus avait donn\u00e9 ordre d\u2019amener la reine Vachti en sa pr\u00e9sence et elle n\u2019est pas venue ! \u00bb <\/p>\n<cite>(<em>Esther<\/em> 1, 17)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Aman, pris de fureur contre Mardoch\u00e9 menace Assu\u00e9rus d\u2019une conspiration g\u00e9n\u00e9rale que fomenteraient \u00ab les autres \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les Juifs :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Il est une nation r\u00e9pandue, diss\u00e9min\u00e9e parmi les autres nations dans toutes les provinces de ton royaume ; ces gens ont des lois qui diff\u00e8rent de celles de toute autre nation ; quant aux lois du roi, ils ne les observent point : il n\u2019est donc pas de l\u2019int\u00e9r\u00eat du roi de les conserver.<\/p>\n<cite>(ibid, 3, 8)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans les deux cas, seul un an\u00e9antissement total peut lever la menace : la mort de Vachti comme celle du peuple juif. En sortant de sa clandestinit\u00e9, Esther est consciente de la double menace qui p\u00e8se sur elle, comme femme et comme juive. Elle d\u00e9cide \u00ab d\u2019assumer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb et pleinement consciente du danger, d\u00e9clare : \u00ab Et si je dois p\u00e9rir, je p\u00e9rirai ! \u00bb (<em>ibid<\/em>., 4, 16). Par ailleurs, sa f\u00e9minit\u00e9 et son juda\u00efsme sont pr\u00e9cis\u00e9ment ses seules armes. Au bout de trois jours de je\u00fbne et de transformation interne (comme celle d\u2019Isra\u00ebl au pied du mont Sina\u00ef, avant le don de la Thora), Esther se pr\u00e9sente \u00ab dans la cour int\u00e9rieure du palais du roi, en face du palais du roi \u00bb (<em>ibid<\/em>., 5, 1), face \u00e0 face avec le roi \u00ab assis sur son tr\u00f4ne royal, dans le palais de la royaut\u00e9, vis-\u00e0-vis de l\u2019entr\u00e9e du palais \u00bb (ibid). Tout va se d\u00e9cider en un clin d\u2019\u0153il. \u00ab Esther se rev\u00eatit de ses atours de reine \u00bb (<em>ibid<\/em>.) est-il \u00e9crit en guise de description. Selon Rachi (<em>ibid<\/em>., 5, 1), elle \u00e9tait rev\u00eatue de \u00ab l\u2019esprit saint \u00bb et le trait\u00e9 talmudique <em>Meguila<\/em> (14, 2) d\u00e9finit cet instant de r\u00e9sistance f\u00e9minine auquel elle se consacre corps et \u00e2me, comme une proph\u00e9tie. Son apparition provoque un revirement et elle trouve gr\u00e2ce aux yeux du roi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment, Assu\u00e9rus cesse d\u2019\u00eatre terroris\u00e9 par la femme, par \u00ab l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb, celle qui viole la loi et \u00e0 son insu cesse \u00e9galement de craindre \u00ab l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb juive d\u2019Esther. Avec un savoir-faire d\u2019analyste, Esther, \u00e9tape par \u00e9tape, ram\u00e8ne Asu\u00e9rus \u00e0 la lucidit\u00e9. D\u2019abord, en \u00e9veillant sa m\u00e9moire : \u00ab Cette m\u00eame nuit, le sommeil fuyait le roi, il ordonna d\u2019apporter le recueil des annales relatant les \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s, et on fit la lecture devant le roi \u00bb (<em>ibid<\/em>., 6, 1). \u00c0 ce moment, dominant totalement les fastes royaux et ses arcanes, elle pr\u00e9pare la suite des \u00e9v\u00e8nements, d\u2019un festin \u00e0 l\u2019autre, jusqu\u2019au d\u00e9voilement de la folie passionnelle d&rsquo;Aman. Esther ne parvient cependant pas \u00e0 faire annuler les d\u00e9crets du roi ou \u00e0 supprimer une fois pour toute la misogynie et la haine des Juifs. Toutefois, elle r\u00e9ussit pour un temps \u00e0 changer le cours de l\u2019histoire et \u00e0 sauver les Juifs du royaume. La force anarchique qu\u2019implique le \u00ab c\u2019est le contraire qui eut lieu \u00bb(<em>ibid<\/em>., 9, 1), caract\u00e9rise la voix f\u00e9minine dans le mythe. Elle renverse les pouvoirs du gouvernement ou les v\u00e9rit\u00e9s p\u00e9trifi\u00e9es et soul\u00e8ve col\u00e8re ou moquerie. Mais par l\u2019artifice du rire, par le pouvoir de l\u2019<em>Eros<\/em> ou par la puissance de la r\u00e9volte, elle parvient aussi \u00e0 renverser les plans de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>La modification du statut de la femme dans le monde a provoqu\u00e9 une r\u00e9volution sans pr\u00e9c\u00e9dent de la place de la femme dans la culture juive, \u00e0 l\u2019une des p\u00e9riodes les plus tumultueuses de l\u2019histoire juive, la n\u00f4tre. L\u2019arriv\u00e9e de voix de femmes dans la tradition juive ou le renforcement de la voix de la mesure f\u00e9minine, am\u00e8neront-ils un changement de l\u2019histoire \u2013 celle du peuple juif, de sa place parmi les nations ou l\u2019histoire du monde, d\u00e9chir\u00e9 entre ses diff\u00e9rentes voix ? \u00ab Et qui sait si ce n\u2019est pas pour une conjoncture pareille que tu es parvenue \u00e0 la royaut\u00e9 ? \u00bb (<em>ibid<\/em>., 4, 14). Cette conscience vive des sources juives me conduisit \u00e0 ne plus les appr\u00e9hender seulement comme un h\u00e9ritage culturel, mais comme un destin dont nous sommes responsables. Depuis des ann\u00e9es, mon dialogue avec les sources r\u00e9sonne dans mon cabinet de travail, un dialogue de d\u00e9couverte, d\u2019\u00e9tude, de r\u00e9volte et de renouveau qui a travers\u00e9 ma vie et les \u00e9v\u00e8nements de l\u2019histoire et a fa\u00e7onn\u00e9 mon existence et mon \u0153uvre. Dans beaucoup d\u2019autres cabinets de travail se d\u00e9roulent aujourd\u2019hui des dialogues r\u00e9volutionnaires\/r\u00e9novateurs avec les sources juives. Ils \u00e9crivent, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, le chapitre actuel de la cr\u00e9ation juive.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>notes :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" id=\"1\">\n<li>(1772-1810) Ma\u00eetre qui appartenait \u00e0 la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration du mouvement hassidique.<\/li>\n\n\n\n<li>Les racines hassidiques de ma famille, \u00e0 partir du milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, sont d\u00e9crites dans : Pinhas Govrin, <em>Nous \u00e9tions comme des r\u00eaveurs, Livre de famille<\/em> (en h\u00e9breu), \u00e9d. Carmel, J\u00e9rusalem 2005 ; Mordeha\u00ef Globman, <em>Soixante ans de vie<\/em>, achev\u00e9 par Shlomo et Nurit Govrin, 2000 et analys\u00e9 par David Assaf, \u00ab Ami puis ennemi : la voie de rabbi Akiva Chalom Hayout de Toltchin, de l\u2019opposition au hassidisme \u00e0 son adoption \u00bb in : <em>De Vilna \u00e0 J\u00e9rusalem, \u00c9tudes de l\u2019histoire des Juifs d\u2019Europe de l\u2019Est<\/em> (en h\u00e9breu), \u00e9d. Magn\u00e8s, Universit\u00e9 H\u00e9bra\u00efque, J\u00e9rusalem.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"3\" id=\"2\">\n<li>Totem des \u00c9claireurs Isra\u00e9lites donn\u00e9 d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge au rabbin L\u00e9on Ask\u00e9nazi (1922-1996).<\/li>\n\n\n\n<li>Th\u00e9\u00e2tre sacr\u00e9 contemporain, th\u00e8se de doctorat, 1976 ; \u00ab Jewish Ritual as a Genre of Sacred Theater \u00bb in Conservative Juda\u00efsm, Vol 36 (3) Spring 1983 et dans <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.jewish-theatre.com\" target=\"_blank\">www.jewish-theatre.com<\/a>.<\/li>\n\n\n\n<li>Gershom Scholem (1982-1897), un des plus grands savants du XXe si\u00e8cle qui a fond\u00e9 la discipline universitaire de l\u2019\u00e9tude de la Kabbale ; Rav Tsvi Yehuda Kook (1891-1982), fils du Rav Abraham Isaac Cohen Kook, ma\u00eetre spirituel de la jeunesse religieuse nationale ; Rav Soloveitchik (1903-1993), ma\u00eetre du Juda\u00efsme orthodoxe am\u00e9ricain et grand penseur du juda\u00efsme.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"6\" id=\"3\">\n<li>Dans<em> La m\u00eame heure<\/em> (en h\u00e9breu), po\u00e8mes, \u00e9d. <em>Poalim<\/em>, 1981.<\/li>\n\n\n\n<li>En h\u00e9breu ces deux termes de croyant (<em>maamin<\/em>) et d\u2019artiste (<em>ouman<\/em>) proc\u00e8dent de la m\u00eame racine a.m.n<\/li>\n\n\n\n<li><em>Sefirat ha\u2019Omer<\/em> : les quarante neuf jours entre la deuxi\u00e8me nuit de <em>Pessah\u2019<\/em> et la f\u00eate de <em>Chavou\u2019ot<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Ha-Shem<\/em> : en h\u00e9breu : le Nom, un euph\u00e9misme pour le Nom de Dieu.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"10\" id=\"4\">\n<li>Voir <em>Samuel <\/em>(I) 1 et 2.<\/li>\n\n\n\n<li>En h\u00e9breu, les mots <em>rah\u2019oum<\/em> (compatissant) et <em>reh\u2019em<\/em> (matrice) viennent de la m\u00eame racine r.h\u2019.m, ce qui implique une certaine identit\u00e9 s\u00e9mantique.<\/li>\n\n\n\n<li>Sur la probl\u00e9matique de la publicit\u00e9 du myst\u00e8re, voir par exemple : Trait\u00e9 <em>Yoma<\/em>, 54a du T.B et <em>Yalkout Tehilim<\/em> 1942 ; <em>Midrach Bamidbar Raba<\/em> XX, 22 et \u00e9galement Francois Regnault \u00ab Notre objet a* \u00bb in : <em>Ornicar ? revue du Champ freudien<\/em>, n\u00b0 50, 2002, p. 31-41 et Shmuel Trigano: \u00ab Le proph\u00e9tisme et la fin de la modernit\u00e9 \u00bb in <em>La cause freudienne<\/em>, n\u00b0 56. En ce moment m\u00eame, le sujet est trait\u00e9 dans le travail du \u00ab Cartel Lacanian \u00bb consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme, avec la participation de Susana Huler, Claudia Iddan, Nehama Gieser, Gerda Elata-Alster et Michal Govrin.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"13\" id=\"5\">\n<li>Cf. personnage de l\u2019homme devant la loi dans <em>Le Proc\u00e8s<\/em> de Kafka ou Mardoch\u00e9e dans Le<em> livre d\u2019Esther<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Cabane dans laquelle on habite pendant la f\u00eate de <em>Soucot<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019abandon de la propri\u00e9t\u00e9 et des dettes chaque septi\u00e8me ann\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Exode<\/em> 31, 12-17.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Lekha Dodi<\/em>, cantique, \u00e9crit par Shlomo Alkabetz (1505 \u2013 1584) \u00e0 Safed, chant\u00e9 pendant la pri\u00e8re, le vendredi soir.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"18\" id=\"6\">\n<li>Je remercie Ha\u00efm Br\u00e9zis pour ses suggestions.<\/li>\n\n\n\n<li>F\u00eate qui c\u00e9l\u00e8bre le don de la Thora et au cours de laquelle, durant la nuit, on a l\u2019habitude d\u2019\u00e9tudier la Thora.<\/li>\n\n\n\n<li>Le mot <em>chabbat<\/em> qui termine le roman, fait aussi \u00e9cho au dernier po\u00e8me de Paul Celan \u00ab Des Vignerons \u00bb qui se termine par le m\u00eame mot. Paul Celan, <em>Rebleute<\/em> (Des Vignerons), in \u00ab Enclos du temps \u00bb, \u00e9d. Clivages. J\u2019ai fait allusion \u00e0 ce lien dans mon article \u00ab Chant d\u2019outre-tombe \u00bb in <em>Le passage des fronti\u00e8res, Autour du travail de Jacques Derrida<\/em>, colloque de Cerisy, Galilee, Paris, 1994. p. 227-236.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"21\" id=\"7\">\n<li>Op cit\u00e9 p. 373-375.<\/li>\n\n\n\n<li>Cf. mon article : \u00ab Martyrs ou survivants ? R\u00e9flexions sur la dimension mythique de la <em>guerre pour l\u2019histoire<\/em> \u00bb in Les temps modernes, mai-juin-juillet 2003.<\/li>\n\n\n\n<li>La \u00ab chambre \u00e9tanche \u00bb, protection contre une attaque chimique, pendant la guerre du Golf.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"featured_media":4469,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"categories":[129,128],"tags":[127,124,130,119,123,122,120,121,131,126],"class_list":["post-5063","m_essays","type-m_essays","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-essais-fr","category-pensee","tag-avant-garde-fr","tag-en-dialogue","tag-eros-fr","tag-feminine","tag-generations-fr","tag-jachere","tag-jerusalem-fr","tag-mythe","tag-priere","tag-rituel-juif"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/m_essays\/5063","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/m_essays"}],"about":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/m_essays"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4469"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5063"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5063"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5063"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}