{"id":5060,"date":"2022-07-07T15:44:15","date_gmt":"2022-07-07T15:44:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.michalgovrin.com\/m_essays\/diaspora-de-frederic-brenner\/"},"modified":"2023-02-23T12:21:30","modified_gmt":"2023-02-23T12:21:30","slug":"diaspora-de-frederic-brenner","status":"publish","type":"m_essays","link":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/m_essays\/diaspora-de-frederic-brenner\/","title":{"rendered":"\u00ab Diaspora \u00bb de Fr\u00e9d\u00e9ric Brenner"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>[1]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"680\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d0\u05d9\u05e9\u05d4-\u05de\u05ea\u05d9\u05de\u05df-680x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3929\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d0\u05d9\u05e9\u05d4-\u05de\u05ea\u05d9\u05de\u05df-680x1024.jpg 680w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d0\u05d9\u05e9\u05d4-\u05de\u05ea\u05d9\u05de\u05df-199x300.jpg 199w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d0\u05d9\u05e9\u05d4-\u05de\u05ea\u05d9\u05de\u05df.jpg 750w\" sizes=\"(max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Wadi Amlah, Yemen, 1983<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De la photo, le corps d\u2019une femme aux longs membres, du creux de l\u2019alc\u00f4ve s\u2019approche vers moi. Une ravissante femme du d\u00e9sert appuyant les plis de son corps au mur. Elle se donne \u00e0 distance. Observe la cam\u00e9ra de la zone transparente autour d\u2019elle. Elle prot\u00e8ge les recoins de sa matrice. La source de la nation.      <\/p>\n\n\n\n<p>Corps ouvert et prot\u00e9g\u00e9 de la femme \u2013 sans nom \u2013 au Wadi Amlah.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019identifie mes mouvements en elle. Le corps relax\u00e9, se reposant face \u00e0 la cam\u00e9ra. Mon alter ego \u00e0 la peau brune. Sa voix chante en moi de ses sons gutturaux, forts du murmure des soupirs, des cris de plaisir, de douleur, \u00e9touffement de joie.   <\/p>\n\n\n\n<p>Ses l\u00e8vres sont serr\u00e9es. \u00ab La voix de la femme est une tentation sexuelle \u00bb. La voix de la nudit\u00e9 avec laquelle fut \u00e9crit l\u2019ex\u00e9g\u00e8se des femmes.  <\/p>\n\n\n\n<p>Elle porte son regard, comme Rachel refusant d\u2019\u00eatre consol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Son pied est pr\u00eat \u00e0 faire un pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses mains magnifiques, dessin\u00e9es avec soin, me tiennent, me font partir en voyage.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[2]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-6c531013 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"273\" height=\"675\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P166a.5497-22.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4757\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P166a.5497-22.jpg 273w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P166a.5497-22-121x300.jpg 121w\" sizes=\"(max-width: 273px) 100vw, 273px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"270\" height=\"668\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P166b.5487-27.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4759\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P166b.5487-27.jpg 270w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P166b.5487-27-121x300.jpg 121w\" sizes=\"(max-width: 270px) 100vw, 270px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo d\u2019Allemagne \/ Berlin<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<p>\u00ab Une photo tardive, n\u2019appartenant pas \u00e0 la collection \u00bb, me dit Fr\u00e9d\u00e9ric. Au-del\u00e0 du rideau de fer du refoulement. Dans la rapidit\u00e9 de la conversation, \u00ab entre parenth\u00e8ses \u00bb, je ne me souviens pas qui est l\u2019homme qui \u00e9vite de regarder la cam\u00e9ra en face. Et peut-\u00eatre est-ce moi qui l\u2019\u00e9vite, qui esquive le clignotement entre lui et la lentille, scintillant des profondeurs de la m\u00e9moire dans le p\u00e9riscope de ses pupilles.    <\/p>\n\n\n\n<p>La page est divis\u00e9e en deux. Le regard de l\u2019homme se porte au-del\u00e0 des lignes. Ou peut-\u00eatre se porte-t-il vers les lignes et au-del\u00e0. Comme le regard de maman, qui se d\u00e9chirait soudain, sans raison \u00e0 un certain pr\u00e9sent. Peut-\u00eatre n\u2019avais-je pas pli\u00e9 les habits dans l\u2019armoire et elle se prenait de col\u00e8re. Ou bien elle battait un \u0153uf et ce mouvement la ramenait secr\u00e8tement vers un \u0153uf qu\u2019elle tournait pour le faire passer dans le ghetto, pour Marek. Un \u0153uf m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 du sucre, un \u00ab goggle moggle \u00bb, qui ne l\u2019a pas prot\u00e9g\u00e9 des bras qui l\u2019ont pouss\u00e9 dans un camion d\u2019enfants vers Auschwitz. Ses yeux sont \u00e9carquill\u00e9s comme le crat\u00e8re d\u2019un volcan. Ils s\u00e9cr\u00e8tent une lave si tendre.        <\/p>\n\n\n\n<p>Le regard de l\u2019homme se d\u00e9tourne des lignes. Comme le regard de maman qui me conduit vers elle par des voies d\u00e9tourn\u00e9es, dans mes errements tardifs sur des lignes ne conduisant vers un nulle part, qui ne retient pas la m\u00e9moire. Et malgr\u00e9 cela, ces lignes commandent de continuer \u00e0 errer, ordre tyrannique, enfoui en chacun de nous, enfants de survivants, depuis la matrice. En chacun s\u00e9par\u00e9ment, dans la solitude absolue du destin. Et qui en m\u00eame temps, par une similitude annihilante, malgr\u00e9 nous, nous emprisonne ensemble, \u00e0 nouveau.    <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attraction obsessive encore et encore, l\u00e0-bas, dans le groupe, de lutter contre le mal. De tenter de l\u2019extirper du monde, de soi-m\u00eame. L\u2019impulsion de soustraire au mart\u00e8lement des crocs des trains des brumes d\u2019Europe, les yeux de l\u2019homme silencieux de l\u2019image, le regard pour toujours \u00e9carquill\u00e9 de maman, les battements du c\u0153ur qui remontent \u00e0 la pens\u00e9e de toi :    <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ne vois-tu pas que je suis port\u00e9e vers toi sur une mer de Mort<br>Pas sur le Styx \u2013 fleuve noble dans l\u2019enfer de marbre<br>Pas Charon conduisant le radeau<br>Sur mes joues reposent encore les boucles du fr\u00e8re \\ Par la mort duquel je vis<br>Son souffle est le vent dans mes cheveux<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019entends-tu pas dans l\u2019\u00e9cho de notre gorge, le silence<br>Le cri qui ne rel\u00e2che ni ne s\u2019arr\u00eate<br>Des t\u00eates<br>dont le quota laissa une paume de main<br>Qui p\u00e9trit notre vie<\/p>\n\n\n\n<p>Ne vois-tu pas<br>Voici que stationnent derri\u00e8re nos visages, des wagons<br>Qui nous ont port\u00e9s<br>Dans un voyage depuis lors immuable<br>Leur sifflement est notre voilure<br>Une colonne de fum\u00e9e nous conduisant<br>Jusqu\u2019aux confins du vent<\/p>\n<cite>\u00ab La m\u00eame heure \u00bb, 1981.<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[3] <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"814\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e9\u05d9\u05e2\u05d5\u05e8-\u05d1\u05d9\u05e9\u05d5\u05dc-1024x814.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3930\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e9\u05d9\u05e2\u05d5\u05e8-\u05d1\u05d9\u05e9\u05d5\u05dc-1024x814.jpg 1024w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e9\u05d9\u05e2\u05d5\u05e8-\u05d1\u05d9\u05e9\u05d5\u05dc-300x239.jpg 300w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e9\u05d9\u05e2\u05d5\u05e8-\u05d1\u05d9\u05e9\u05d5\u05dc-768x611.jpg 768w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e9\u05d9\u05e2\u05d5\u05e8-\u05d1\u05d9\u05e9\u05d5\u05dc.jpg 1500w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>\u00ab Laissez-moi enseigner votre cuisine juive de servante \u00bb, Johannesburg, Afrique du Sud, 2001<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ma premi\u00e8re rencontre avec l\u2019Afrique du Sud. Une maison juive dans la banlieue de Johannesburg. Je trouve impossible d\u2019oublier les visages r\u00e9sign\u00e9s de ces femmes noires, assises en rang\u00e9es ; M\u00eame leur langage corporel parle de si\u00e8cles d\u2019esclavage.<br>C\u2019\u00e9tait quelques mois plus tard, dans la maison d\u2019un taxidermiste de Pretoria que j\u2019ai trouv\u00e9 la composition pour cette photo, mais je me demandais comment j\u2019allais convaincre le taxidermiste, Brenda et les servantes \u00e0 participer. Je ne r\u00e9alisais pas \u00e0 quel point chacun des participants avait int\u00e9rioris\u00e9 son r\u00f4le. Le photographe aussi dit l\u2019histoire de cette trag\u00e9die.<\/p>\n<cite>Fr\u00e9d\u00e9ric Brenner<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Loin. En route de Melbourne vers la Tasmanie, pour un festival de litt\u00e9rature, le boycott de ma participation en tant qu\u2019Isra\u00e9lienne \u2013 ayant suscit\u00e9 une temp\u00eate, \u00e9tant annul\u00e9. Sur la table de service \u2013 une pile de journaux. Le titre sur toute la largeur de la premi\u00e8re page : \u00ab Bombe dans une pizzeria de J\u00e9rusalem, quinze personnes tu\u00e9es, des dizaines de bless\u00e9s \u00bb. Je regarde la photo : une jeune-fille sur un brancard, d\u00e9goulinante de sang. Mais c\u2019est ! \u2026 \u00ab Non, la jeune-fille sur le brancard ressemble seulement \u00e0 l\u2019amie de ma fille\u2026 Je m\u2019assois, j\u2019ai le vertige. Si loin. Je me souviens d\u2019une blague sur des Juifs, r\u00e9fugi\u00e9s d\u2019Europe de l\u2019Est, se r\u00e9unissant au caf\u00e9 Flore \u00e0 Montparnasse. L\u2019un d\u2019eux entre en trombe dans le caf\u00e9 et annonce joyeusement : \u00ab J\u2019ai eu un visa ! \u00bb \u00ab Pour o\u00f9 ? \u00bb, demandent les autres. \u00ab Pour l\u2019Argentine ! \u00bb, exulte-t-il. \u00ab Si loin\u2026 \u00bb, r\u00e9pondent-ils avec m\u00e9pris. \u00ab Loin de quoi ? \u00bb s\u2019\u00e9tonne-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Je scrute l\u2019image provocatrice mont\u00e9e de toutes pi\u00e8ces du cours de cuisine \u00e0 Johannesburg, le sourire de Brenda, o\u00f9 coule la douceur du yiddish ou du polonais. Elle semble un peu confuse de toutes ces longues pr\u00e9parations pour cette photo. Elle sourit avec embarras, s\u2019efforce d\u2019avoir l\u2019air bien \u2013 apr\u00e8s tout, le c\u00e9l\u00e8bre photographe de Paris photographie son affaire. Et en m\u00eame temps, je peux imaginer le ricanement de Fr\u00e9d\u00e9ric, formulant son jugement sur les Juifs qui perp\u00e9tuent l\u2019apartheid, en for\u00e7ant des femmes noires \u00e0 cuisiner des plats juifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour l\u2019instant je ne vois que l\u2019antique le\u00e7on f\u00e9minine des \u00ab gestes juifs \u00bb. Sur la table de p\u00e9trissage, en face du r\u00e9chaud \u00e0 gaz. La premi\u00e8re le\u00e7on de diff\u00e9rentiation. S\u00e9paration entre la viande et le lait, saupoudrer des grains de sel pour absorber le sang de la viande. M\u00e9langer et p\u00e9trir et frire et \u00e9picer et r\u00e9pandre. Tous les actes li\u00e9s au \u00ab go\u00fbt juif \u00bb, \u00e0 la fois impr\u00e9gn\u00e9s des go\u00fbts des diasporas et distincts d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce que des g\u00e9n\u00e9rations de cuisini\u00e8res non-juives ont appris dans les cuisines des juives \u2013 les odeurs, les go\u00fbts, les rythmes de l\u2019ann\u00e9e. Nettoyer le hametz, couvrir les plats de Pessah d\u2019une serviette de tissu blanc avant la f\u00eate, frire les galettes de Hanoukka dans des po\u00eales bouillonnantes d\u2019huile. Ou encore la pr\u00e9cipitation m\u00eal\u00e9e de crainte, pr\u00e9c\u00e9dant le dernier repas avant le je\u00fbne, la veille de Yom Kippour. Et tout ce que ces cuisini\u00e8res ont transmis aux femmes, aux enfants qui se cachaient dans la cuisine, au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re de l\u2019autorit\u00e9 du p\u00e8re. Des l\u00e9gendes populaires qui ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 leur enfance. Des histoires d\u2019Ukraine ou de Bagdad, des steppes de la Pampa ou des quartiers noirs de Cape Town.<\/p>\n\n\n\n<p>Et qu\u2019ont fait ces servantes non-juives quand on est venu chasser les propri\u00e9taires ? Quand elles ont vu leurs fr\u00e8res qui les assaillaient ? La Nuit de Cristal, lors des pogroms, durant les \u00e9meutes ? Les ont-elles aid\u00e9s \u00e0 faire secr\u00e8tement leurs bagages, rapidement, la nuit ? Ont-elles accompagn\u00e9 la famille avec les casseroles ? Les ont-elles suivis des yeux de la fen\u00eatre ? Ou peut-\u00eatre, comme Catherina du livre de Aron Appelfeld, ont-elles travers\u00e9 la fronti\u00e8re, et les ont-elles suivis, murmurant sans paroles : \u00ab Ton peuple est mon peuple, ta cuisine est ma cuisine \u00bb, joignant leur destin aux fronti\u00e8res des lois sur la viande et le lait ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[4] <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"426\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P176.2938-8-1024x426.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3917\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P176.2938-8-1024x426.jpg 1024w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P176.2938-8-300x125.jpg 300w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P176.2938-8-768x319.jpg 768w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P176.2938-8-1536x639.jpg 1536w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P176.2938-8.jpg 1700w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Survivants de la Shoah dans la galerie de la chambre \u00e0 gaz, Mus\u00e9e de la Tol\u00e9rance, Beit hashoah, Los Angeles, Californie, 1994<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Je me force \u00e0 scruter l\u2019obscurit\u00e9 de la photographie de la galerie de la chambre \u00e0 gaz du Mus\u00e9e de la Tol\u00e9rance de Los Angeles. Pour exprimer mon courroux et me semble-t-il, celui de la photo aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 vrai dire, en regardant une seconde fois, la photo marque-elle l\u2019irritation ? Et peut-\u00eatre l\u2019homme nu n\u2019est pas un mannequin, comme je l\u2019avais d\u2019abord pens\u00e9 ; Peut-\u00eatre est-ce Fr\u00e9d\u00e9ric qui essaie ici de \u00ab mettre en sc\u00e8ne \u00bb une \u00ab chambre \u00e0 gaz \u00bb ?!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9touffement me saisit. Comme quand je devais marcher au Mus\u00e9e de la Shoah \u00e0 Washington, dans le \u00ab wagon \u00bb \u00e0 l\u2019odeur de bois frais de \u00ab la route de l\u2019extermination \u00bb. Afin de \u00ab s\u2019identifier \u00bb, \u00ab d\u2019\u00eatre l\u00e0-bas \u00bb. Et alors, \u00e0 travers l\u2019\u00e9clairage sombre, entrer dans le Peep Show, une balustrade haute par-dessus laquelle il faut se pencher pour entrevoir les photos \u00e9tal\u00e9es en bas. Une documentation des exp\u00e9riences de Mengele. Les \u00ab martyrs \u00bb, dans le jargon proto-th\u00e9ologique de \u00ab la m\u00e9moire de la Shoah \u00bb. Le pire \u00e9tant les \u00ab s\u00e9quences photographiques \u00bb du nain. Avant, pendant, apr\u00e8s. \u00c0 travers les \u00e9tapes de mutilation et de privation de nourriture, jusqu\u2019\u00e0 la photo du squelette apr\u00e8s la mort. Seule manque, une photo de lui en homme libre, en professeur qu\u2019il \u00e9tait. Il n\u2019y a pas non plus de photo de la rue qu\u2019il habitait ou de l\u2019\u00e9cole o\u00f9 il enseignait. Il n\u2019existe que comme \u00ab objet d\u2019exposition des exp\u00e9riences de Mengele \u00bb. Humili\u00e9 encore \u00e0 mort par chacun de ceux qui le discernent. Exploit\u00e9 encore \u2013 m\u00eame si ce n\u2019est pas pour les besoins de la \u00ab recherche \u00bb, alors pour stimuler l\u2019action des glandes lacrymales, pour provoquer dans l\u2019\u00e9clatement d\u2019un plaisir sado-masochiste, des g\u00e9missements de frayeur devant \u00eatre le \u00ab paroxysme \u00bb du parcours de cette visite didactique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mise en sc\u00e8ne de la m\u00e9moire \u00e9ternisant la perversit\u00e9 mentale sur laquelle se basent les rituels de la torture publique, document\u00e9e. Les foules s\u2019agglutinant autour des autels de sacrifice, dans les ar\u00e8nes de tortures de martyrs, sur les places o\u00f9 furent br\u00fbl\u00e9s les marranes sur les b\u00fbchers des autodaf\u00e9s. Ces m\u00eames foules se pressent dans de longues queues, vers les chambres du Peep-show des mus\u00e9es de la m\u00e9moire de la Shoah et de la tol\u00e9rance. Ils nourrissent, sous couvert \u00e9ducatif, l\u2019impulsion criminelle enfouie dans l\u2019\u00e2me humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[5]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"719\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e6\u05d9\u05dc\u05d5\u05dd-\u05d2\u05d1\u05e8\u05d9\u05dd-\u05e2\u05dd-\u05de\u05e1\u05e4\u05e8-\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d9\u05d3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3918\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e6\u05d9\u05dc\u05d5\u05dd-\u05d2\u05d1\u05e8\u05d9\u05dd-\u05e2\u05dd-\u05de\u05e1\u05e4\u05e8-\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d9\u05d3.jpg 1000w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e6\u05d9\u05dc\u05d5\u05dd-\u05d2\u05d1\u05e8\u05d9\u05dd-\u05e2\u05dd-\u05de\u05e1\u05e4\u05e8-\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d9\u05d3-300x216.jpg 300w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e6\u05d9\u05dc\u05d5\u05dd-\u05d2\u05d1\u05e8\u05d9\u05dd-\u05e2\u05dd-\u05de\u05e1\u05e4\u05e8-\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d9\u05d3-768x552.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Salonique, Gr\u00e8ce, 1991<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui me r\u00e9volte dans cette photographie et ne me donne de cesse ? Pourquoi le regard ne quitte-t-il pas les bras de ces hommes, les num\u00e9ros (seulement trois, et le quatri\u00e8me ?), ce qui est grav\u00e9 dans leur peau \u2013 pas comme la circoncision marquant le corps pour la vie, mais un nombre ordinal dans une queue pour la mort ? J\u2019aurais pu rester des heures avec chacun d\u2019eux, \u00e9couter leurs silences.<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric, sans y pr\u00eater attention, aurait-il \u00e0 nouveau marqu\u00e9 ces hommes dans une \u00ab composition \u00bb de bras tatou\u00e9s et de poings ferm\u00e9s ? S\u2019appropriant la douleur grav\u00e9e dans leur corps pour l\u2019imprimer sur la pellicule ? Les transformant en propri\u00e9t\u00e9 photog\u00e9nique, commercialisant une \u00ab curiosit\u00e9 \u00bb suppl\u00e9mentaire inscrite dans la peau, comme \u00ab un tatou\u00e9 \u00bb dans un stand de foire ou le vagin de la \u00ab V\u00e9nus hottentote \u00bb conserv\u00e9 jusqu\u2019il y a peu de temps dans un flacon de formol au \u00ab Mus\u00e9e de l\u2018Homme \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais mon regard ne s\u2019est \u00e9lanc\u00e9 vers le num\u00e9ro, tatou\u00e9 sur ma m\u00e8re en \u00e9t\u00e9 1944 aux portes d\u2019Auschwitz. Jamais je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 terrifi\u00e9e quand elle allait bras nus en robe d\u2019\u00e9t\u00e9, je n\u2019ai jamais d\u00e9tourn\u00e9 les yeux quand elle enlevait sa blouse au vestiaire de la plage. Jamais le num\u00e9ro sur son bras n\u2019a hant\u00e9 mes r\u00eaves. Je ne l\u2019ai jamais vu. Je ne sais m\u00eame pas quel num\u00e9ro c\u2019\u00e9tait.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019existe que dans la remarque admirative de ma cousine Gila (que sa m\u00e8re avait fait sortir du ghetto, agripp\u00e9e au plancher d\u2019une voiture de ramassage d\u2019ordures) : \u00ab Quand Rega est arriv\u00e9e \u00e0 Tel-Aviv en 1948, accompagnant un transport d\u2019enfants \u00bb, raconte Gila d\u2019un ton sentencieux, \u00ab la premi\u00e8re chose qu\u2019elle a faite fut de se faire op\u00e9rer pour enlever son num\u00e9ro ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>De la fiert\u00e9 de maman, r\u00e9sonnait le refus de devenir une victime. Comme le rire qu\u2019elle et ses amies r\u00e9ussirent \u00e0 conserver \u00e0 Auschwitz, lors de la Marche de la mort, \u00e0 Bergen-Belsen. Elle continue \u00e0 enlever chaque jour le num\u00e9ro de son bras, Toujours digne, telle un juge. Non seulement au tribunal de Hanovre, face \u00e0 un groupe d\u2019avocats en robes noires qu\u2019elle r\u00e9primande en excellent allemand, mais aussi dans l\u2019appartement du troisi\u00e8me \u00e9tage \u00e0 Tel-Aviv. Maman, arbitrant dans les couloirs du jugement, entre la cuisine et la chambre \u00e0 coucher, les difficult\u00e9s quotidiennes et l\u2019effort d\u00e9ploy\u00e9 pour le gagne-pain. Elle d\u00e9voile les objets expos\u00e9s de la m\u00e9moire en posant une assiette sur la table, en nettoyant la poussi\u00e8re, en aimant l\u2019expressionnisme, par les chansons de Brecht qu\u2019elle chantait. Elle \u00e9coule les silences de la m\u00e9moire comme des gouttes de vin sur le plat du S\u00e9der. Comme les miettes de levain portant le souvenir de l\u2019esclavage d\u2019Egypte.<\/p>\n\n\n\n<p>Les miettes de levain, symbole si mis\u00e9rable\u2026 et avec cela, la plus profonde forme de m\u00e9moire, la plus radicale que je connaisse. Elle n\u2019est pas enferm\u00e9e dans des chambres sombres, dans des mises en sc\u00e8ne dramatiques mont\u00e9es dans des mus\u00e9es. Mais des miettes p\u00e9n\u00e9trant tout l\u2019univers. Elles se dispersent sur le tapis, sur la table, entre les livres, sous le lit, aussi loin que \u00ab les trois rang\u00e9es de tonneaux de vin \u00bb dans les caves de la m\u00e9moire refoul\u00e9e, ni\u00e9e. Le levain, cette ivraie du bon grain qui est aussi le mauvais penchant, Eros. La m\u00e9moire qui ne nie pas non plus la d\u00e9pendance du bien par rapport au mal. Le sentier des miettes de levain dans lequel ma m\u00e8re m\u2019a conduite derri\u00e8re elle, miette apr\u00e8s miette.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[6] <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"709\" height=\"481\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P46.75-0.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3920\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P46.75-0.jpg 709w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/P46.75-0-300x204.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 709px) 100vw, 709px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>L\u2019ange de Pourim &#8211; J\u00e9rusalem<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les passants dans la ruelle. Toujours press\u00e9s. Volant comme des anges aux ailes d\u00e9ploy\u00e9es. Avant le commencement du Shabbat ou la pri\u00e8re de Kol Nidr\u00e9, courant pour cuire la \u00ab matza surveill\u00e9e \u00bb entre l\u2019inspection du levain et le moment de le br\u00fbler ou entre la lecture de la Meguila et le repas de Pourim. Un soir, la veille du 9 Av, je suis all\u00e9e \u00e0 Mea Shearim \u00e9couter la lecture du Livre des Lamentations, la veille d\u2019un voyage difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens l\u00e0 depuis des ann\u00e9es. Dans les ruelles, les magasins de livres, les portes des maisons d\u2019\u00e9tudes d\u2019o\u00f9 filtrent des voix d\u2019enfants qui r\u00e9citent. Au grillage de l\u2019oratoire des femmes. Je suis debout l\u00e0-bas, submerg\u00e9e, sans paroles, nostalgique. Regardant de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur. Entre les limites. Etrang\u00e8re parmi ces femmes habill\u00e9es autrement. Etrang\u00e8re parmi les hommes, qui jamais ne refuseront si je viens leur demander un livre et s\u2019empresseront de me le chercher, m\u00eame s\u2019ils me le tendent en d\u00e9tournant le regard.<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens pour marcher sur les traces de mes anc\u00eatres que je n\u2019ai pas connus. Mon grand-p\u00e8re, Reb Mordechai Globman, au chapeau aussi moderne que l\u2019h\u00e9breu qu\u2019il parle. Le p\u00e8re de mon grand-p\u00e8re, Reb Itzig Hayot, \u00e0 la fine barbe blanche, hassid du rebbe de Skvir de la dynastie de Chernobyl. Des hommes passant devant moi en manteaux noirs dans les ruelles de J\u00e9rusalem, comme s&rsquo;ils marchaient ici en venant d\u2019Ukraine dans les ann\u00e9es vingt. Mais cette ann\u00e9e, je d\u00e9cide pour la premi\u00e8re fois de chercher \u00ab ma cour \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab O\u00f9 est la synagogue de Chernobyl ? \u00bb demandais-je la nuit de Ticha be-Av, dans les rues sombres remplies d\u2019un dandinement de pas de chaussures en tissu. Venant de tous les c\u00f4t\u00e9s, les gens portent des matelas, des nattes, des tabourets pour s\u2019asseoir par terre, selon la coutume des endeuill\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rentre \u00e0 travers les ombres des cypr\u00e8s poussi\u00e9reux de la maison d\u2019\u00e9tude, servant aussi d\u2019oratoire pour femmes. Des rang\u00e9es et des rang\u00e9es de livres et des bancs renvers\u00e9s. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du grillage, la voix tremblante d\u2019un vieillard : \u00ab H\u00e9las ! Comme elle est assise solitaire, la cit\u00e9 nagu\u00e8re si populeuse\u2026 \u00bb. Et ensuite, le murmure des voix qui se r\u00e9pand, chacun chuchotant sa d\u00e9tresse : \u00ab Elle si puissante parmi les peuples, ressemble \u00e0 une veuve\u2026 \u00bb. Autour de moi, par terre, quelques petites filles, le bruissement de la soie des robes des femmes corpulentes, m\u00e8res de g\u00e9n\u00e9rations. \u00ab Je ne resterai pas jusqu\u2019\u00e0 la fin des chants fun\u00e8bres \u00bb murmurais-je \u00e0 la fin de la lecture du Livre des Lamentations, \u00ab je pars demain en voyage \u00bb. Elles opinent de la t\u00eate, signifiant une sorte de b\u00e9n\u00e9diction pour le voyage. Et dehors, une lune presque pleine et un vent parfum\u00e9, sec, que j\u2019emporterai avec moi en voyage. N\u00e9gatif de m\u00e9moire de cette nuit de Ticha Be-Av. Et pendant des ann\u00e9es je retournerai vers ses ombres, toujours \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, entre parenth\u00e8ses. Instant de fragilit\u00e9 de la nostalgie. Transparente comme la neige, comme le sautillement maladroit d\u2019un enfant d\u00e9guis\u00e9 en ange, la lumi\u00e8re cach\u00e9e dans ses ailes d\u00e9ploy\u00e9es dominant un instant le monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Et durant cette neige de 1979, \u00e0 ce repas de Pourim \u00e0 J\u00e9rusalem, quand pour la premi\u00e8re fois se sont crois\u00e9s mon chemin et celui de Fr\u00e9d\u00e9ric \u2013 qui revenait excit\u00e9 d\u2019avoir pris cette photo \u00e0 M\u00e9a Sh\u00e9arim \u2013 j\u2019ai silencieusement identifi\u00e9 en lui, un partenaire de cette communaut\u00e9 de nostalgiques, engloutis dans les arcs des portails. De l\u2019ext\u00e9rieur, de l\u2019int\u00e9rieur. Tenant une fraction de seconde les ailes de l\u2019instant d\u00e9ploy\u00e9s, comme un nouveau chant, comme un clich\u00e9 de m\u00e9moire continuant encore \u00e0 irradier.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>[7]<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"681\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e8\u05d9\u05e7\u05d5\u05d3-\u05e1\u05d5\u05db\u05d5\u05ea-1024x681.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3932\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e8\u05d9\u05e7\u05d5\u05d3-\u05e1\u05d5\u05db\u05d5\u05ea-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e8\u05d9\u05e7\u05d5\u05d3-\u05e1\u05d5\u05db\u05d5\u05ea-300x200.jpg 300w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e8\u05d9\u05e7\u05d5\u05d3-\u05e1\u05d5\u05db\u05d5\u05ea-768x511.jpg 768w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05e8\u05d9\u05e7\u05d5\u05d3-\u05e1\u05d5\u05db\u05d5\u05ea.jpg 1353w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>La danse, Soukot \u2013 J\u00e9rusalem, 1980<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les cercles de danse m\u2019apparaissent de la section des femmes. Ils montent dans mon corps avec les corps qui m\u2019entourent, un cercle apr\u00e8s l\u2019autre. Le pied se soul\u00e8ve un peu du sol et l\u2019\u00e2me monte jusqu\u2019au ciel. L\u2019affluence des corps serr\u00e9s, main contre main, bras contre \u00e9paule, mart\u00e8lement rythm\u00e9 du pied jusqu\u2019\u00e0 la course de ferveur solitaire du rabbin, alors que la communaut\u00e9 l\u2019encourage, le soutient.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cercles de danse de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, Reb Itzig Hayot qui eut le privil\u00e8ge, \u00e0 la fin de sa vie, de monter \u00e0 J\u00e9rusalem. Compl\u00e9tant les errements de la famille, de l\u2019Espagne, en passant par Berlin et Prague et \u00e0 l\u2019est de l\u2019Ukraine. Il arrive peu avant la veille de Pessah aux maisons de Hornstein, avec sa femme, \u00ab la sainte et veille Glikl \u00bb. Et l\u00e0-bas, selon l\u2019histoire racont\u00e9e dans la famille, il danse toute la nuit pour b\u00e9nir la r\u00e9demption, sur un air transmis \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations, jusqu\u2019aux l\u00e8vres de mes deux filles, qui l\u2019entonnent de leur voix pure vers la fin du Shabbat, au moment de la Havdala.<\/p>\n\n\n\n<p>Cercles de danse jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9votion, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extase, le d\u00e9part de l\u2019\u00e2me. Comme la d\u00e9votion de celui qui met tous ses espoirs en D., comme la Souka enti\u00e8rement provisoire, le toit de branchages laissant passer le soleil, les \u00e9toiles et les nuages d\u2019honneur qui seuls prot\u00e8gent les errements se r\u00e9p\u00e9tant chaque ann\u00e9e. Comme l\u2019ouverture des barri\u00e8res de propri\u00e9t\u00e9 tous les sept ans, lors de l\u2019annulation des dettes, du repos de la terre. Comme la soumission, corps et \u00e2me, au plaisir du Shabbat \u2013 domaine sans limites, \u00ab la Tente tombante de David \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La danse en cercles se verse dans mon corps, comprim\u00e9 dans la section des femmes. La danse des hommes se donnant enti\u00e8rement dans la douceur et le froissement de la soie, dans les gouttelettes de chaleur et de transpiration. Ils tournent, adorateurs doux, comme des femmes portant la semence dans la Souka de leur matrice. La danse des hommes enlac\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, tournant les yeux ferm\u00e9s et le regard exalt\u00e9 du rebbe, \u00ab Dieu saint et terrible, sauve-nous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[7]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"925\" src=\"https:\/\/new.michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d1\u05de\u05e4\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d1\u05e8\u05d6\u05dc.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3933\" srcset=\"https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d1\u05de\u05e4\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d1\u05e8\u05d6\u05dc.jpg 750w, https:\/\/michalgovrin.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/\u05d1\u05de\u05e4\u05e2\u05dc-\u05d4\u05d1\u05e8\u05d6\u05dc-243x300.jpg 243w\" sizes=\"(max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Aleksei Polonsky dans une usine d\u2019acier \u2013 Birobidjan, 1989<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Aleksei Polonsky est assis pr\u00e8s de la machine, aussi timide qu\u2019un \u00e9tudiant d\u2019\u00e9cole talmudique.<\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00eaves :<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ils forgeront de leurs glaives des b\u00eaches et de leurs lances des serpettes ; un peuple ne tirera plus l\u2019\u00e9p\u00e9e contre un autre peuple et on n\u2019apprendra plus l\u2019art des combats \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Debout ! les damn\u00e9s de la terre \/ Debout ! les for\u00e7ats de la faim\u2026 \/ C&rsquo;est la lutte finale \/ Groupons-nous, et demain \/ \u2018L&rsquo;Internationale\u2019 sera le genre humain. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et le r\u00eave des pionniers de la vall\u00e9e de Jezr\u00e9el, dans les ann\u00e9es vingt. Avec la m\u00eame casquette et le chant de \u00ab l\u2019Internationale \u00bb entrem\u00eal\u00e9 dans les paroles : \u00ab Vous encouragerez tous nos fr\u00e8res, disculp\u00e9s \/ par la poussi\u00e8re de notre pays quand ils y sont \/ Ne perdez pas votre exaltation \/ Venez tous ensemble \u00e0 l\u2019aide du peuple \u00bb. Et avec eux, les r\u00eaveurs sans fronti\u00e8res, conduits par Elkind, qui ne se sont pas content\u00e9s de la r\u00e9demption de la nation et sont revenus des champs de Jezr\u00e9el vers l\u2019Union sovi\u00e9tique pour lib\u00e9rer les travailleurs du monde entier. Ils fondent un kolkhoze juif en Crim\u00e9e, construisent une r\u00e9publique juive au Birobidjan, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils soient r\u00e9duits au silence, oppress\u00e9s, envoy\u00e9s dans des camps de r\u00e9pression pour \u00eatre tu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La brisure du r\u00eave scintille encore dans le regard doux comme l\u2019acier d\u2019Alexei Polonsky. Du coin de la machine, le coin de la r\u00e9publique du r\u00eave de libert\u00e9 humaine, qui ne subsiste au vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle que comme pierre tombale. Alors que les esclaves du tiers-monde, encore asservis \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mondiale, fabriquent jour et nuit les r\u00eaves de la publicit\u00e9. Loin d\u2019Alexei Polonsky, loin du r\u00eave qui vibrait autrefois au Birobidjan.<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi-m\u00eame, je suis au c\u0153ur d\u2019une guerre entre deux peuples pour une parcelle de terre, entre des histoires entrem\u00eal\u00e9es et contradictoires d\u2019Exil et de r\u00e9demption. Je reste avec mes r\u00eaves de r\u00e9mission \u2013 repos de la terre, r\u00e9mission des dettes, lib\u00e9ration des esclaves. Sur l\u2019ouverture des cl\u00f4tures de la propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 mes fr\u00e8res, au pauvre, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 la b\u00eate des champs. Et les paroles du proph\u00e8te sont encore sur les l\u00e8vres comme un r\u00eave lointain. \u00ab On n\u2019apprendra plus l\u2019art des combats \u00bb. Et la force \u00e9crasante du fer de la haine menace comme toujours d\u2019\u00e9craser les r\u00eaves.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":4793,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"categories":[118,125],"tags":[127,124,123,126],"class_list":["post-5060","m_essays","type-m_essays","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature-fr","category-recits-fr","tag-avant-garde-fr","tag-en-dialogue","tag-generations-fr","tag-rituel-juif"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/m_essays\/5060","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/m_essays"}],"about":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/m_essays"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4793"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5060"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5060"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michalgovrin.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5060"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}